du 02/10/2008 au 08/11/2008
Galerie Édouard-Manet,
Gennevilliers
Figure importante de la scène artistique française, Bruno Peinado est surtout connu pour The Big One World, ce bibendum black au poing levé, manifestant contre la marchandisation du monde et prônant le développement de l’alter-mondialisation. L’exposition personnelle que lui consacre la Galerie Édouard Manet de Gennevilliers, rejouant en partie celle présentée dans une galerie de Zürich l’an passé, reprend cette idée de détournement de codes et signes populaires.
Ici, on retrouve aussi bien tout un univers lié à la culture pop (gros smiley jaune, couleurs vives, laque brillante) que des éléments issus de différentes contre-cultures : planches de surf, stries jaunes et noires au ras du sol rappelant la mancunienne Hacienda, volumes d’aluminium renvoyant aux formes du Tétris, étoiles ninja, etc… L’éclairage par derrière du smiley (Endless Summer, référence transparente au film culte de la culture surf et à la compilation des premiers tubes des Beach Boys), d’un caisson blanc (The Beat 01), de lignes néon blanches et jaunes (The Beat 02), s’allumant et s’éteignant au rythme de la respiration, rappellent insidieusement que cette accumulation et succession de mouvements contre-culturels sont avant tout façonnés par l’homme, modelant le réel à son gré.
Le détournement opéré sur ces éléments par le plasticien, au-delà de l’évidence des trous dans les planches de surf, modelés au jet d’eau, et des vitres brisées, provient également de la mise en perspective de ces symboles, de leur rapprochement avec le titre de l’exposition ou avec une souche de bois déposée sur l’un des volumes et inspirée de pratiques haïtiennes consistant à détruire des biens qui remémoreraient un certain passé. Se voient alors développés un charme et un glamour de cette esthétique de la destruction, auxquels renvoient aussi les multiples objets contendants (hache, scie, marteau, couteaux) placés à la base des planches de surf pour faire office d’ailerons. Pour autant, que ce soit au travers de cette banane manifestant avec une pancarte représentant une pomme, ce triangle divin dont les bords sont comme mangés par des Pacman ou le sourire limite grinçant du smiley, l’humour et l’ironie demeurent présents dans le travail toujours passionnant de Bruno Peinado.
le 20/10/2008