du 10/10/2008 au 22/11/2008
Fondation d’entreprise Ricard,
Paris
Cyprien Gaillard / Emmanuelle Lainé / Fondation d’entreprise Ricard / Gyan Panchal / Julien Discrit / Laurent Tixador et Abraham Poincheval / Lily Reynaud-Dewar / Raphaël Zarka
Pour sa traditionnelle exposition servant de support à l’attribution de son Prix annuel, la Fondation d’Entreprise Ricard a fait appel à Nicolas Bourriaud, célèbre commissaire, ancien directeur du Palais de Tokyo et actuellement chargé de la prochaine Tate Triennial. Afin de mieux situer l’environnement plastique dans lequel les jeunes artistes sélectionnés interviennent, il a souhaité que l’exposition débute par un préambule regroupant quelques glorieux aînés (Bertrand Lavier, Daniel Buren, Agnès Varda, Raymond Hains ou Édouard Levé). Passé ce premier espace, on pénètre au cœur du sujet avec les œuvres d’une dizaine de jeunes gens dont on croise régulièrement la plupart.
Ainsi avions-nous déjà vu, au FRAC Aquitaine au printemps dernier, le paravent de Lili Reynaud-Dewar, symbole de ce qui reste d’une performance avec ces objets disposés un peu n’importe comment autour des panneaux de verre et de bois, tandis qu’une vidéo projetée au-dessus montre ladite performance. Faisant face à cet ensemble, Laurent Tixador et Abraham Poincheval ont accroché au mur, tête-bêche, deux pelles de chantier dans le manche desquelles se trouvent des petits personnages de mineurs de fond réalisés en os de bœuf (Pelles Horizon moins vingt). La mini-tautologie ainsi engendrée trouve son prolongement avec la remarquable création de Julien Discrit, installation respectant à la lettre le postulat induit par le titre de l’exposition (hommage de Bourriaud à Bertrand Lamarche-Vadel, critique d’art des années 70). What is not visible is not invisible est inscrit sur le mur même mais à l’encre invisible, la phrase n’apparaissant que lorsque s’allument trois lampes UV qui se déclenchent en présence d’un spectateur : réactivation des jeux d’enfants qui s’envoient des messages écrits à l’encre sympathique, nécessaire participation du public à l’œuvre et simplicité de l’évidence. Toute aussi convaincante, Infra-mince présente sur une vitrine une découpe du Mont Blanc en résine transparente qui éblouit par la lumière provenant de son socle comme le fait la réverbération du soleil sur la neige.
Récompensé par le Prix de la Fondation, Raphaël Zarka mêle dans son Padova contreplaqué et marbre de Carrare, matériau bas de gamme et pierre associée au luxe, afin de former un grand triangle percé de trous, entre instrument de géométrie et toboggan décalé. Tout aussi étranges, les Goldfingia d’Emmanuelle Lainé hésitent entre méduses de cuir et de skaï et formes de parachute se mettant en torche. Après avoir laissé de côté les nouvelles déclinaisons du land art de Cyprien Gaillard (peinture et polaroïds cette fois-ci), on s’arrête pour terminer sur la proposition de Gyan Panchal. Monolithe de polystyrène imbibé d’essence, Uoel n’est pas forcément notre pièce préférée du Français bien qu’on y retrouve cet habile jeu sur le pétrole et son dérivé, sur l’apparence (l’essence colore le volume d’un brun pouvant figurer aussi bien du bois que du bronze) et sur l’odeur prégnante qui règne autour de la sculpture. Cependant, il semble manquer à cette pièce la poésie un peu mélancolique qu’on apprécie vivement d’ordinaire chez Panchal.
le 29/10/2008