03/02/2009
Point Ephémère,
Paris
Voici le genre de soirée assez rare pour ne pas être ratée. La dernière fois que l’on voyait Keiichiro Shibuya sur scène, c’était il y a quelques années à l’OpA lors d’une soirée similaire. Atak est un label japonais créé par Shibuya sur lequel on retrouve nombreuses de ses productions.
La soirée était découpée en deux parties avec pour commencer une présentation du dernier travail de Laurent Chambert, déjà croisé aux côtés de Marie Möör en tant que Rose et Noire, et depuis récompensé d’un Quartz award en 2008 ui lui permis d’accéder aux studio de l’INA-GRM pour composer la musique présentée ce soir. On arrivera malheureusement en retard en raison d’un petit problème logistique mais on verra tout de même la fin de son set. On est d’abord surpris par la configuration de la salle avec places assises, du jamais vu en ce qui nous concerne au Point Ephemere, mais plutôt une bonne chose pour favoriser l’écoute. Eurêka nous est présenté comme un "film sonorisé" mais pour notre part on y verra avant tout un concert avec une classique projection de visuels, et ce même si l’artiste est placé sur le côté de la scène. Lorsque l’on rentre dans la salle ce sont d’épaisses nappes synthétiques qui remplissent l’espace sonore donnant une impression d’ambient puissante, agréable à l’oreille mais pas particulièrement innovante. À l’écran, des superpositions d’images de nature avec effet kaléidoscopique nous paraîtront datées. On ne verra que les dix dernières minutes du spectacle, mais on sortira de la salle avec un avis plutôt négatif des visuels et l’envie d’en écouter un peu plus sur le plan musical. Justement, en sortant de la salle on nous offrait le CD de Eurêka qui nous permettra d’apprécier ce que l’on a raté et d’avoir une opinion un peu plus juste que ne le permettait ce bref aperçu.
On passe ensuite à la soirée Atak à proprement parlé. En première partie, Evelina Domnitch et Dmitry Gelfand, deux chimistes du son, le terme chimiste étant ici à prendre au premier degré. En effet la présentation des artistes faisait clairement allusion à des produits chimiques comme matériaux de base de leur travail. En fait, d’après ce que l’on verra dans cette salle plongée dans l’obscurité, c’est que Dmitry Gelfand produisait sa musique de manière classique à base de laptop et machines. Evelina Domnitch quant à elle était responsable des visuels, produits en direct par manipulation de liquides, savon, pipettes, l’ensemble étant mis en lumière par trois lasers, rouge, vert et bleu. Ensemble abstrait, irisé, coloré, faisant penser à des fonds marins parcourus par des spots en mouvements. L’ensemble est raffiné et nous apparait comme magique et mystérieux. On regrettera alors une musique certes en accord avec les visuels, mais manquant d’originalité, superposition de nappes ambient graves et fantomatiques, parsemées de souffles et chuintements que l’on attribuera plutôt à sa comparse avec ses produits chimiques.
C’est le japonais Evala qui prendra le relais après un petit changement de configuration puisque l’on sera maintenant dans une situation plus classique de l’artiste avec laptop, debout derrière une table située en milieu de scène. Il débutera son set avec des percussions sèches, de vifs claquements. On s’approchera de la scène et l’on sentira alors physiquement des basses surpuissantes. Evala joue avec des éléments connus qu’il détourne et déstructure afin d’en augmenter l’impact, en appuyant sur le côte incisif des sonorités et en utilisant de fréquents cut up. Son set est d’ailleurs une alternance de genres avec des passages ambient, d’autres plus bruitistes, mais ce sont ses grooves dansants abstraits qui retiendront notre attention, se rapprochant d’une abstract techno approfondissant les sillons de l’IDM. En fond de scène, des visuels synchronisés avec la musique, nous rappelleront le travail de Ryoji Ikeda même s’ils apparaîtront plus grossiers. Globalement une excellente découverte que l’on pourra approfondir sur disque sur son propre label : Port.
On terminera la soirée avec Keiichiro Shibuya dont on parle ici pour la première fois puisque nous n’avions pas fait de chronique de cette soirée à l’OpA. La configuration scénique est la même que précédemment, Shibuya au centre de la scène, projections derrière lui, mais on remarquera que c’est Evala, caché sur un côté de la scène qui était responsable des visuels. Musicalement, c’est assez dur, avec la majeure partie du temps un travail sur des textures bruitistes, grésillements, avec parfois de sourds martèlements et l’on regrettera un peu qu’il se cantonne à ce registre alors que son champ d’expérimentations est bien plus large sur disque. Du coup on sera surpris par les visuels proposés par Evala, plus fins que ceux qui accompagnaient son propre concert et qui sur le coup nous parurent pas vraiment adaptés.
Résultat, à l’heure de passer au stand disques, c’est plutôt vers Evala que notre choix se porta, pour un très bel album finalement assez proche du concert proposé ce soir.
le 05/02/2009