30/01/2009
Instants Chavirés,
Montreuil
Birds of Delay / Helm / Instants Chavirés / Steve Hauschildt
Birds of Delay est un duo londonien à ranger aux côtés de Family Battle Snake, Heatsick ou Religious Knives. Enfin au début du concert, ils ne sont pas vraiment là. Il y a juste un gros bruit, style alerte d’incendie. Et cela dure suffisamment longtemps pour qu’on ait le temps d’aller se chercher une bière et de revenir s’ennuyer à l’écouter. Après les deux Birds of Delay commencent à jouer aux cartes, le son des cartes abattues sur la table amplifié par un micro-contact. À ce moment-là, on se rappelle s’être dit "hoho, mais quelle bonne idée, c’est puissamment novateur, et quel sens de la mise en scène !". Cinq minutes plus tard on s’est rendu compte que cela ne suffirait même pas à un étudiant des beaux-arts pour avoir une bonne note. Pendant ce temps, ils répétaient "SNAP, Snap, Snap", bien aidés par la delay. Cela durait longtemps, alors on pouvait penser à autre chose. Par exemple, on s’est rappelé que nous aussi nous avions dansé sur "Schni Schna Schnappi, Schnappi Schnappi Schnaps". Et que Birds of Delay était en quelque sorte la version minimaliste de Schnappi das kleine Krokodil. Mais moins bien, quand même. Il y a des sommets qu’il est dur d’égaler, même avec la meilleure volonté.
Emeralds est un trio de Cleveland : un guitariste et deux trifouilleurs de synthés analogiques (Korg et compagnie). Eux au contraire ne sont pas minimalistes, ils empilent les couches pour créer leur spacey-pop douce-amère. Il n’y a pas de morceau vraiment fini, chaque musicien entame sa petite ritournelle quand bon lui semble. Étonamment, le mélange est réussi, agréable à l’oreille, à mille lieues de la noise qui agresse son auditeur. Mais bon : le manque de structure globale, l’absence d’accroche véritable, de tension, font que l’on a l’impression d’être à un concert de muzak : cela fait une jolie musique de fond, mais hélas assez vite oubliée. Il paraît pourtant que leur album "what happened" sera un des must have de 2009... bon, il y a des groupes qui s’apprécient mieux à la maison.
Pain Jerk est tout seul, et pourtant il y a plus de détails et de variations dans sa musique que dans celle du groupe précédent. Bon ok, il a une tripotée de matériel sur la table devant lui, ça aide. Il y a surtout des pédales d’effets analogiques (il aime bien sa grosse Lovetone qu’il triturera à l’envi pendant toute la première moitié du concert). On comprend assez bien sa politique d’achat : plus il y a de potards à tourner, mieux c’est. Les effets c’est bien, mais il faut aussi générer du son. Il utilise pour cela deux cordes tendues sur une plaque en fer (les plus larges d’esprit appelleront cela une guitare) qu’ils frottent avec une sorte de brosse à récurer en métal, ce qui ressemble assez à l’appareillage qu’utilisait Merzbow dans ses concerts récents (au Palais de Tokyo par exemple) : on n’ose pas imaginer qu’un fabricant d’instruments ait eu l’idée de sortir ça en série. La musique de Pain Jerk est énergique (il y en a qui pogotent dans le public) mais elle est surtout complexe. Il fait penser à ces potiers qui font tourner l’argile pour la façonner : chez lui le signal semble tourner entre les divers appareillages, et Pain Jerk le déforme et le modèle de mille manières. Cette variété est bien utile : c’est grâce à cela qu’il évite un écueil fréquent des concerts de noise, le fait de traîner en longueur et de susciter l’ennui du spectateur. Le concert aura duré plus longtemps que la moyenne, mais il sera resté passionnant jusqu’au bout.
le 12/02/2009