Marcel Pagnol
Irène Bonnaud
du 24/09/2008 au 31/10/2008
Théâtre du Vieux-Colombier,
Paris
Largement commentée (notamment en raison de l’absence d’accent des comédiens), la création de Fanny à la Comédie-Française, en son Théâtre du Vieux-Colombier, constitue une bonne occasion de confronter la pièce pagnolesque à la scène, déshabillée du pittoresque souvenir des films des années 1930.
Précisément, Irène Bonnaud ambitionnait, dans sa mise en scène, de sortir la dramaturgie de son contexte marseillais afin de tendre vers une forme d’universalité. À cet égard, le programme convoque les origines grecques de la cité phocéenne afin de relier Fanny à l’essence même de la tragédie, comme s’il s’agissait à tout prix de sortir du mélo familial et ensoleillé que la mémoire collective convoque. Pourtant, ce pari s’avère d’autant plus difficile à tenir que cette tentative de globalisation du propos est mise à mal par d’incessants rappels à l’environnement marseillais : des bateaux qui peuplent le Vieux-Port au badaud arborant le maillot de l’OM en passant par l’inévitable épisode à Notre-Dame de la Garde où Fanny va pleurer son malheur. Dès lors, la tragédie n’apparaît véritablement, comme l’universalité tant espérée, que dans le dernier acte, lorsque le propos se recentre sur le quatuor Marius-César-Fanny-Panisse, débarrassé de la mère et de la tante de la jeune fille ou des autres personnages secondaires.
Auparavant, tandis que le risque du mélo n’est pas toujours évité (la dramatique sociale liée à la condition de fille-mère de Fanny ne parvenant jamais à prendre), l’absence d’accent rend plates ou vulgaires des répliques qui semblaient plus folkloriques dans le film : « Quand on n’a pas d’enfants, on est jaloux de ceux qui en ont et quand on en a, ils vous font devenir chèvre ! La Sainte Vierge, elle n’en a eu qu’un et regarde un peu les ennuis qu’il lui a faits ! » ou « A force de lui mettre le thermomètre dans le derrière à ce petit, on finira par lui donner de mauvaises habitudes ». À cette sensation de rupture non maîtrisée de langage s’ajoutent quelques anachronismes malvenus : alors que les lettres de Marius mettent un mois à arriver et qu’on annonce l’opprobre pour celle qui est enceinte sans être mariée, un téléphone portable circule entre les mains d’un acteur et la chaîne hi-fi crache Gimme ! Gimme ! Gimme ! (A Man After Midnight) ou Les Démons de Minuit. Dans la continuité de cette impression bancale, Marie-Sophie Ferdane éprouve de réelles difficultés dans les trois premiers actes, ne sachant trop que faire de son corps trop grand avant de prendre vraiment conscience de celui-ci dans la dernière partie, lorsqu’elle devient femme et mère et que le tragique naît enfin.
le 17/02/2009