Jennifer Lacey
du 08/10/2008 au 11/10/2008
Centre Pompidou,
Paris
Après le Théâtre de la Bastille où elle s’était régulièrement produite ces dernières années, c’est au Centre Pompidou, et dans le cadre du prestigieux Festival d’Automne, que Jennifer Lacey nous propose sa nouvelle création. Mettant aux prises neuf jeunes femmes, Les Assistantes bénéficie du travail visuel de Nadia Lauro, scénographe et plasticienne opérant aussi bien dans le milieu de la danse que pour des défilés de mode.
Précisément, c’est à la condition féminine que ce spectacle s’attache. Sur un plateau assez dénudé, juste parcouru par une sorte de banc circulaire, les danseuses forment un aréopage qui tient autant du gynécée que de l’agora. Y faisant circuler la parole comme le corps, il s’agit pour les interprètes de confronter leur propre personne à la communauté, de jouer sur ce lien au groupe qui agit comme révélateur de l’individu. Enchaînant mouvements dans lesquels elles s’accrochent les unes aux autres et ballets où elles exécutent les mêmes gestes, les neuf jeunes femmes peuvent également se placer en ligne face au public afin de lire un texte renvoyant aux idées libertaires. Si la convocation des pères de l’utopie par la chorégraphe états-unienne semble à cet égard un peu artificielle, on sera davantage séduit par les interventions musicales réalisées en direct par les participantes. Filant la métaphore du rapport de l’individu au groupe, ces passages permettent à chacune de jouer sa partition sur divers instruments (caisse claire, guitare acoustique, luth, cymbalettes, etc…) pour que l’ensemble prenne peu à peu forme.
Au-delà de ce travail, le spectacle s’interroge en creux sur l’image sociale de la femme : de son titre (on ne sait s’il s’agit d’assistantes sociales, d’assistantes maternelles, d’assistantes esthéticiennes ou autres…) aux tenues arborées (robes en vichy rose, mauve ou vert amande, bonnets, boots) en passant par les accessoires utilisés (projecteurs semblables à des casques séchoir, huile de massage), l’esthétique un peu rétro qui emprisonnerait les protagonistes est gentiment raillée. Pour autant, l’universalité peine à naître d’une représentation qui souffre par ailleurs de longueurs indéniables, comme la lecture in extenso de la note d’intention bien que celle-ci ait été disposée préalablement sur les sièges du public. Restent néanmoins une sympathique impression de légèreté et quelques moments plus réussis, à l’image de cette moquerie du discours critique lorsque chaque danseuse commente, avec force circonvolutions verbeuses et constructions alambiquées, le mini-solo effectuée par l’une d’entre elles.
le 13/03/2009