22/03/2009
Bozar,
Bruxelles
Alva Noto / Bozar / Brussels Electronic Music Festival 2009 / Byetone / Carsten Nicolaï / CoH / Frank Bretschneider / Komet / Raster-Noton
La soirée du dimanche était logiquement plus concise et centrée autour d’une seule salle ou presque, le confortable auditorium Henry Le Boeuf. La programmation, très différente des deux soirs précédents, a tout aussi logiquement attiré un public bien distinct puisqu’il s’agissait d’une plongée dans l’univers électronique pointu du riche label allemand Raster-Noton. Ce fut d’abord Alva Noto qui dispensa son dernier opus en date, Xerrox II. Amples et implacables nappes, sourdes progressions, densité d’un son fin et précis tout en étant parfois presque oppressant ; le tout posé sur de splendides visuels très travaillés, fondés sur des nuages de points blancs variant en fonction de l’intensité musicale, occupant tout l’écran vaste devant lequel Carsten Nicolai semblait tout petit avec ses machines. Sombres et abstraits, mais néanmoins enveloppants et chaleureux, ces visuels étaient à l’image des sonorités toute personnelles de l’Allemand, dans lesquelles tous prirent plaisir à plonger pour un set quasi-identique à celui déjà apprécié à l’automne dernier au Festival BBMix.
Après une très (trop) brève pause, c’est son compatriote Frank Bretschneider qui prit place sur scène. Cela fait longtemps que nous pensons le plus grand bien de l’auteur des intéressants disques minimaux que sont Rand et Curve sortis chez Mille Plateaux. Mais c’est sur la pléthorique structure de Chemnitz - dont il est le co-fondateur avec Carsten Nicolai et Olaf Bender, aka Byetone – que l’Allemand a proposé il y a deux ans l’excellent Rhythm, dont sa performance de ce soir s’inspira très largement (et sur lequel, rétrospectivement, nous regrettâmes de ne pas nous être penchés plus tôt). C’est peu de dire qu’il asséna une véritable claque à l’assistance subjuguée : d’un bout à l’autre de son trop court set, pas une note, pas un développement, pas une transition ne purent être pris en défaut. Maîtrisant son sujet avec une rigueur absolue, Bretschneider délivra une galaxie de sons tantôt cristallins, tantôt opaques, allant de lignes pures à des structures plus complexes, presque dansantes, superposant un nombre impressionnant de couches et de fréquences toutes plus travaillées et impeccables les unes que les autres. Bien que le set entier fut mémorable, on mettra surtout en exergue ses deux premiers titres (A Soft Throbbing, morceau d’ouverture de Rhythm, et un autre du même acabit), parcouru de ces « vents électroniques », chers à notre cœur. Le tout était calé au millipoil sur des visuels époustouflants, bien différents de ceux d’Alva Noto, composés principalement de lignes en constantes variations au gré des notes sur lesquelles elles se fixent, en flux et reflux, en ondes spatio-maritimes, parfois parcourues de quelques flashes blancs. La toute grande classe, une prestation qui conquit probablement tout le monde et qui fut à juste titre très applaudie. Très probablement le meilleur concert de l’ensemble du festival.
On sera loin d’en dire autant du troisième et dernier set, pourtant censé être la tête d’affiche, CoH plays Cosey (titre de son dernier opus paru chez Raster-Noton l’an dernier) featuring Cosey Fanni Tutti, vénérée et culte héritière des vétérans Throbbing Gristle. Intrigués étions-nous, fréquentant peu la seconde et pas du tout le premier. Il nous a fallu déchanter : posés aux deux extrémités de la vaste scène derrière leurs laptops respectifs, devant des visuels pour le coup statiques jusqu’à l’ennui représentant un oeil (celui de Cosey elle-même ?) en très gros plan et changeant de couleur et de grain au gré des images, Ivan Pavlov et sa comparse ont proposé une pièce unique déconcertante, dotée de quelques jolis moments mais englués dans ce que l’un de nous appela judicieusement, quoique sévèrement, "de la bouillie sonore". Scansions vocales irritantes, absence de mélodies, de structures tangibles et de progressions harmoniques sensibles, ce set décousu nous laissa pour le moins perplexes.
La fin de soirée proposait, dans la grande salle - où tout le monde se retrouve puisque le bar y est installé - une quatrième découverte Raster-Noton pour nous, en la personne de Byetone qui dispensa son dernier opus Death of a Typographer à nos oreilles médusées et presque meurtries. Le volume sonore atteignit des sommets parfaitement déraisonnables et les déflagrations martiales de Olaf Bender, si elles ne sont pas dépourvues de tout attrait, ne dégagent pas vraiment de subtilité ni de délicatesse... Les martèlements finirent rapidement par nous fatiguer, surtout à cette puissance largement excessive, et lorsqu’une sorte de sirène stridente se mit à ululer dans la nuit bruxelloise, c’en fut trop et nous laissâmes là les extrémistes encore présents...
En cadeau bonus, et sous réserve qu’elle reste en ligne, un extrait de la prestation de Frank Bretschneider...
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le 29/03/2009