(Brocoli / COD&S Distribution)
03/02/2009
Electronique

Ambient / Brocoli / Expérimental / Field Recordings / Pierre-Yves Macé
On écrivait à propos de son concert à la Java il y a quelques semaines, nous voici de retour avec cette fois l’album sorti le mois dernier chez Brocoli, petit label parisien dont c’est ici la quatrième production après Minizza (les fondateurs du label), Michel Chion et On, le projet réunissant Sylvain Chauveau et Steven Hess auquel s’était joint Pierre-Yves Macé. Par ailleurs le jeune Français s’est illustré sur de prestigieux labels tels que Tzadik, Sub Rosa ou Orkhêstra lui ouvrant les portes de résidences tout aussi prestigieuses.
Sur ce quatrième album Pierre-Yves Macé s’inspire du Livre des Passages du philosophe Walter Benjamin, un livre analysant le cas des fameux passages parisiens et annonçant en quelque sorte le passage vers notre société de consommation moderne. Le matériau de base est ici des disques des années 20-30 qui étaient diffusées dans ces passages, musiques que l’on pourra voir comme les ancêtres de nos musiques de supermarché, apportant nombre de mélodies mielleuses à ce Passagenweg qui pourra par ailleurs paraître aride. Cet album s’apparente avant tout à un travail de platiniste, même si celui-ci à certainement été composé de manière nettement plus posée, par sampling des disques d’origine, étape de sélection, agencement et collages avec quelques éléments complémentaires tels que drones et field recordings d’ambiances de rue pour coller plus encore au sujet.
Le très long album (75mn) est découpé en plusieurs mouvements de constructions variées. Les deux premiers sont assez ressemblants, débutant de façon plutôt ambient (Angelus Novus, Il Principe e Il Ranocchio, 1) à base de drones, frétillements et autres bruitages électroniques et se terminant par des déluges sonores typiques des travaux sur platine, mêlant denses collages et brefs scratchs sur Première Parataxe et Seconde Parataxe, se prolongeant même de façon modérée sur Crystal Palace, 1 avec un drone métallique et grésillant. Entre les deux, des disques d’époque donc, des boucles répétitives, presque féérique façon "bienvenue dans ce monde merveilleux (de la consommation)" sur Der Geistiger Automat ou créant un véritable voyage dans le temps sur Il Principe e Il Ranocchio, 2 avec ses cloches et ambiances de rue.
La deuxième moitié de l’album débute par un net changement de style avec en particulier les 15mn de Nocturnorama et son piano lent et aquatique au travers duquel viennent se faufiler quelques quelques réminiscences du passé, flûte bucolique, cordes enlevées et fanfares. Le dernier mouvement, reprenant un peu tous les éléments croisés jusqu’ici nous semblera plus proche, plus contemporain, reprenant un piano, intégrant des bruitages plus complexes, crachotements imitants un train (Dialektisches Bild) , travail de hachage et fractures festives (Valse), ambiance de rue qui ne nous semble pas si éloignée avec enfants qui courent, piaillements d’oiseaux, sorte de passage d’avion et porte qui claque, on a un peu l’impression d’être dans le jardin d’une grande maison, une belle journée d’été, avec diverses musiques qui sortent par les fenêtres du Crystal Palace, 2.
Pierre-Yves Macé nous propose donc un beau voyage spacio-temporel, moderne, mais comme une baie vitrée ouverte sur notre passé, mais ce voyage aurait peut-être gagné à être un peu écourté, le propos semblant parfois un peu dilué sur la longueur.
le 29/03/2009