28/03/2009
Centre socioculturel Madeleine Rebérioux,
Créteil
Entre deux éditions du festival Cinesthesy (organisé au mois d’octobre), les Pixels Transversaux proposèrent, sous le nom Visionsonic, une soirée unitaire dévolue aux rencontres entre electronica et vidéo. Dans l’agréable cadre du Centre socioculturel Madeleine Rebérioux de Créteil (malheureusement quasi-désert en ce samedi soir : on dénombra une vingtaine de personnes, artistes et personnel du lieu compris), deux prestations étaient programmées.
Pour débuter, le groupe rennais Sati prit place en fond de scène. Installés derrière leurs machines, les deux Français délivrèrent un convaincant set d’electronica aux rythmiques précises, agrémentée de quelques notes de clavier jouées en direct par l’un des deux membres. De plus en plus IDM au fur et à mesure du concert, leur musique était accompagnée par les vidéos d’Yroyto. Réalisant celles-ci à l’aide de petites caméras, jouant avec divers objets et feuilles de papier, le vidéaste interagissait aussi bien sur le plan visuel que musical. De fait, sa participation à l’agrégat sonore témoigna d’un travail parfaitement raccord avec celui de Sati, tant et si bien qu’on ne savait plus d’où venait la musique : ces roulements étaient-ils électroniques ou bien provenaient-ils des bobines tournant sur elles-mêmes ? ces beats étaient-ils synthétiques ou découlaient-ils de l’entrechoquement des deux parties de cette pince à linge ? etc…
Après une courte pause, place à l’événement qui avait principalement motivé notre déplacement : la prestation live d’Origamibiro, ce duo anglais mené par Tom Hill et auteur d’un bon album d’electronica-folk paru il y a deux ans sur Expanding Records. Accompagnés de The Joy Of Box (Jim Boxall) à la vidéo, les musiciens s’installèrent au milieu de plusieurs instruments pour deux suites de morceaux enchaînés et construits sur le même schéma. La base rythmique fut créée à partir du découpage d’une enveloppe en carton, du froissage et du déchirage d’une feuille de papier, ou bien des sons produits par la frappe sur une machine à écrire ; ces boucles rythmiques furent ensuite rejointes par des lignes mélodiques réalisées par une guitare acoustique jouée en picking ou à l’archet, par un ukulélé, un Glockenspiel, une basse, une guitare électrique ou un clavier. On obtint alors une electronica-folk particulièrement réjouissante non seulement car on en a vu le processus de création en direct, mais aussi car, intrinsèquement, cette musique s’avère rayonnante et accrocheuse. Sur le plan visuel en revanche, passés les instants où la fabrication de la rythmique est projetée sur l’écran, on trouva les vidéos un peu trop sursignifiantes : enfants qui courent en sortant de l’école quand la musique se fait plus légère, visages entrevus et image saturée quand les mélodies cessent pour laisser davantage de place aux textures grésillantes, etc… Après ces deux successions de morceaux, place à Unknown in the Walls, pièce plus sombre et inquiétante, avec la guitare acoustique jouée à l’archet oeuvrant en solo, tandis qu’un personnage esseulé et apeuré erre dans une maison à l’abandon. Pour terminer cet excellent concert, retour au schéma précédemment évoqué avec Vitreous Detachment (autre titre extrait de l’album). Musicalement plus mélancolique (tempo plus languide, ensemble moins enlevé), ce morceau bénéficia lui aussi d’une rythmique créée live, via cette fois-ci le feuilletage d’un livre ou le passage d’un capteur sur le sol. Inventivité et imagination étaient donc les maîtres-mots de cette belle soirée.
le 03/04/2009