Michel Deutsch
Michel Deutsch
du 21/03/2009 au 10/04/2009
Théâtre de la Colline,
Paris
Après le cinéma (outre les biopics, plusieurs films allemands témoignent directement ou indirectement de cette période), la littérature et les arts plastiques (une exposition avait suscité la polémique il y a quatre ans à Berlin), il était attendu que le théâtre se saisît de l’épopée de la Rote Armee Fraktion. Alors qu’une dramaturge comme Elfriede Jelinek a choisi une approche distanciée, passant par le truchement d’une rencontre entre Marie Stuart et Elisabeth Ière pour évoquer Ulrike Meinhof et Gudrun Ensslin, Michel Deutsch opte pour une démarche plus frontale et se fait fort, dès le titre de sa pièce (écrite en 2006 et déjà présentée à la MC 93 de Bobigny il y a deux saisons), de traiter de l’ensemble de la décennie d’action du groupe Baader-Meinhof.
Il s’agit donc de retracer la chronologie de cette dizaine d’années d’activisme de la RAF, entre enlèvements et explosions de grands magasins, interrogations sur le devenir de leur mouvement et arrestations. Pour qui s’intéresse un tant soit peu à cette période, La Décennie Rouge et sa relation plutôt scrupuleuse des événements n’apporte rien de très nouveau, d’autant plus qu’on y déplore une absence de transfiguration théâtrale sur le plateau qui voit alors se succéder des vignettes historiques sans allant, ni souffle. Naturellement, l’auteur et metteur en scène opte pour une ultra-classique contextualisation par des chansons-balises (Paint It Black, A Whiter Shade Of Pale) auxquelles s’ajoutent la diffusion de la fameuse interview de Jean-Paul Sartre sortant de la prison d’Andreas Baader ou la lecture de minutes de procès. Ces archives se trouvent mélangées à des matériaux récents présentés quasiment comme des éléments anciens, telles ces images projetées sur un drap tendu à l’avant-scène ou la voix d’Ingrid Caven, narratrice qu’on pourrait prendre pour une reporter radiophonique de l’époque. Cette présence concomitante de véritables archives et de substances au statut plus incertain génère par conséquent une forme de trouble qui dessert la volonté didactique sous-jacente à l’entreprise.
Cette confusion se retrouve dans la simplification du fondement théorique des agissements de la RAF, induite par la multiplication des hypothèses livrées au spectateur pendant le spectacle. Se succèdent ainsi haine de la « génération Auschwitz » (« on ne discute pas avec des gens qui ont fait Auschwitz » comme phrase récurrente et dernière réplique de la pièce), opposition binaire avec les communistes traditionnels (la figure de Rosa Luxembourg est brocardée et apparaît sous les traits d’une poupée de chiffon), fascination pour les combattants palestiniens ou cubains, joie de se retrouver à la une des quotidiens, constat de l’abandon de la lutte des classes par le prolétariat allemand se complaisant dans ses avantages acquis, identification à Bonnie & Clyde (cités à plusieurs reprises et support de jeux de rôles de Baader et Ensslin). Noyés sous ces tentatives d’explication (qui, a fortiori, sont toutes mises sur un pied d’égalité), il semble impossible d’apercevoir les véritables motivations des activistes, traduction du semi-échec de la pièce.
Autres dates :
– 6 et 7 mai 2009 : Comédie de Saint-Étienne
– 12 mai 2009 : Théâtre municipal de Cluny
le 04/04/2009