Wen Hui
du 03/11/2003 au 08/11/2003
Théâtre de la Cité Internationale,
Paris
Première partie d’un diptyque consacrée à la condition de la femme chinoise par la chorégraphe de Pékin Wen Hui, Report on Body, présenté dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, centré, justement, cette année sur la Chine, se situe à mi-chemin entre la danse, le théâtre muet et l’installation vidéo.
Alors que les lumières de la salle sont encore allumées, cinq jeunes danseuses chinoises descendent groupées les escaliers entre les rangs de spectateurs, semblant capturer de leurs mains les différents sons émanant du public. En même temps, sur un rideau blanc tendu au milieu de la scène, sont projetées images provenant de diverses DV posées çà et là dans la salle (ou à l’extérieur comme celle située sur un des linteaux de la porte d’accès à la salle) et vidéos tournées en Chine ; fondus enchaînés et superpositions disent l’universalité du propos et illustrent le désir de rapprochement entre Orient et Occident voulu par la chorégraphe. Après un intermède ludique où les danseuses tentent d’attraper les images projetées des spectateurs comme le ferait un enfant souhaitant communiquer avec la personne qui lui parle à travers l’écran de télévision, on rentre véritablement dans le spectacle avec l’évocation de l’arrivée à Pékin d’une jeune fille de dix-huit ans : découverte de la ville, des salons de coiffure, des bains publics et des clubs de karaoké.
La succession assez rapide des différents tableaux et la multiplicité de ceux-ci nous empêcheront de nous imprégner complètement de la totalité d’entre eux ; ainsi, parfois, trois actions se déroulent simultanément sur le plateau. On sortira toutefois du lot ce passage où une danseuse s’extrait, tout en douceur et délicatesse, des plis du rideau avant d’y retourner, déformant du même coup la vidéo qui y était diffusée et, plus généralement, on mettra en exergue tous les moments où performance corporelle et images projetées vont de pair. La présence de deux danseurs masculins et d’une danseuse européenne permet, par ailleurs, à Wen Hui de travailler sur le contraste et les contraires de manière empirique, tout en prenant le contre-pied de l’imagerie traditionnellement véhiculée sur la femme chinoise. A cet égard, une des dernières scènes nous paraît comme la plus prégnante : alors qu’une chinoise se meut lentement sur des amoncellements de vêtements, se défaisant petit à petit de l’immense traîne de sa robe qui lui enserrait le corps, l’européenne passe, engoncée dans ses habits moulants bariolés de marques diverses, et tenue, comme en laisse, par une canne à pêche.
le 12/11/2003