Eugene O’Neill
Robert Cantarella
du 14/05/2003 au 07/06/2003
Théâtre de la Colline,
Paris
Spectacle de clôture de la grande salle du Théâtre National de la Colline, Dynamo, texte écrit en 1927 par le dramaturge états-unien Eugene O’Neill, termine de manière contrastée la saison rue Malte-Brun.
Le début de la pièce nous laisse craindre une énième transposition au XX° siècle de l’éternel dilemme qu’on trouvait dans Romeo & Juliette (deux jeunes gens essayent de s’aimer malgré leurs familles que tout oppose). En outre, les acteurs se laissent parfois emporter dans un registre grotesque, proche de la farce, quelque peu incongru (on reprochera, particulièrement, à Gilles David et Florence Giorgetti d’en faire beaucoup trop). Cependant, au fur et à mesure que l’histoire d’amour passe au second plan et que des interrogations sur le fanatisme religieux et idéologique prennent le dessus, le spectacle devient nettement plus intéressant.
En effet, le père du jeune homme (Reuben) est pasteur alors que celui de la jeune fille (Ada) est un athée tenace ; tandis que Reuben se détache progressivement de la religion pour se raccrocher à un cartésianisme scientifique, Ada se rend compte que l’amour qu’il lui porte n’est peut-être pas celui auquel elle croyait. Dénonçant aussi bien le puritanisme et le dogmatisme extrême que les méfaits du progrès technologique à outrance, renvoyant finalement dos à dos religion et science, O’Neill travaille également sur un Œdipe sous-jacent (Reuben tuant, philosophiquement parlant, son père et vénèrant, quasi amoureusement, sa mère).
Robert Cantarella rend, en outre, correctement compte du texte, notamment via l’importance portée aux didascalies et une astuce ingénieuse pour faire « entendre » les pensées des personnages, se faisant nettement plus convainquant qu’avec Algérie 54-62, vu le mois dernier dans la même salle.
le 19/05/2003