Jon Fosse
Claude Régy
du 08/10/2003 au 07/11/2003
Théâtre de la Colline,
Paris
Première pièce de la saison dans la grande salle du Théâtre National de la Colline, Variations sur la mort permet à Claude Régy de mettre à nouveau en scène le dramaturge norvégien Jon Fosse. À peine entré dans la salle, on est frappé par la disposition scénique : une estrade blanche, immaculée, en forme de rectangle semble flotter au-dessus de la première dizaine de rangs, dès lors, condamnée. Les personnages vont et viennent sur la scène, y accédant par des passerelles aussi dissimulées qu’assombries et prenant place sur ce qui s’apparente autant à un radeau de la Méduse (en dehors du rectangle, c’est le noir complet, point de salut) qu’à un échiquier sans cases où la vie se déroule et où la Destinée avance ses pions.
Construction soignée de bouts de phrases où la forme l’emporte sur le fond (le programme nous apprend que l’auteur se passionne pour « un langage qui n’est pas en premier lieu concerné par la signification, mais qui avant tout est (…) et qui ne signifie qu’en second lieu »), le texte de Fosse est pourtant loin des envolées logorrhéiques d’un Valère Novarina. Volontairement abscons, fragmenté à l’extrême par les comédiens, travaillant à l’envi sur la répétition et la musicalité du langage, Variations sur la mort tourne autour de la noyade d’une jeune fille et de la vie de son entourage. Moments de son existence et de celle de ses parents éclairent sans expliquer tandis que les personnages dissertent sans chercher à comprendre. Resté extérieur à ces suites de phrases, on ne parvint jamais à pleinement pénétrer la langue de Jon Fosse et resta purement spectateur d’un spectacle dont on reconnaîtra, par ailleurs, la parfaite scénographie.
le 17/10/2003