Erna Ómarsdóttir
22/10/2004
Maison des Arts,
Créteil
Nous avions déjà vu ce spectacle des deux islandais il y a près de deux ans, mais nous voulions renouveler l’expérience. Une envie peut-être encore plus forte après avoir vu le concert de Jóhan Jóhannsson à Pompidou quelques semaines plus tôt, mais aussi en raison d’un souvenir encore très fort de la prestation de la danseuse Erna Ómarsdóttir, particulièrement intense.
Et bien même à la seconde représentation, IBM 1401 - A User’s Manual garde toute sa force. Quand on entre dans la salle, on entend la voix de la danseuse qui fredonne une douce mélodie, donnant l’impression d’arriver alors que le spectacle a déjà commencé. Il s’agit en fait d’une diffusion qui s’arrête quand le spectacle commence, relayé par la danseuse qui chante en direct, sans amplification.
La mise en scène n’a pas changé : dans un coin, les machines du musicien qui jouera la musique du spectacle en direct, une étrange boîte éclairée, et la danseuse qui était déjà en place, accroupie et ensevelie de câbles dont son comparse viendra la libérer. Il la revêt d’un pull, et l’allonge sur le sol, mettant ses articulations au repos. La créature, mi-homme mi-machine incarnée par Erna prend alors vie au grès de la musique, l’ensemble de la pièce nous faisant régulièrement penser à Frankenstein. Des gestes mal assurés, brusques, des chutes (moins fréquentes que lors de sa précédente prestation), des alternances de mouvements violents et de poses sensuelles, poétiques.
S’il s’agit du même spectacle que la dernière fois, deux ans plus tard il semble avoir pas mal évolué, suivant la technique de la danseuse qui s’est un peu calmée. Il faut dire que l’on avait mal pour elle, on sentait une douleur physique qui semblait tout autant réelle qu’interprétée. Maintenant le message passe tout aussi bien, mais la danseuse donne moins l’impression de se faire mal pendant le spectacle. On appréciera aussi une plus grande variété dans la gestuelle, ne nous donnant plus l’impression de répétition qui atténuait un peu notre précédente appréciation.
Rien à redire sur la musique, apparemment beaucoup plus présente cette fois, avec une large place aux cordes, et sur la fin la voix de la danseuse pour quelques vocalises ou un cri qui nous donnera des frissons.
On ne s’attendait pas à être autant touché que la première fois, mais force est de constater qu’en deux ans, Jóhan Jóhannsson et Erna Ómarsdóttir ont du subtilement peaufiner leur spectacle, le rendant peut-être encore plus émouvant. A voir absolument.
le 25/10/2004