Sophie Perez et Xavier Boussiron
Sophie Perez et Xavier Boussiron
du 22/02/2006 au 23/03/2006
Théâtre de Chaillot,
Paris
Alors que le dadaïsme est revenu à la mode dans la foulée de l’exposition consacrée à son créateur il y a quelques mois au Centre Pompidou, Sophie Perez et Xavier Boussiron entreprennent de « théâtraliser » une partie de cet univers via El Coup du Cric Andalou.
Pièce fourre-tout, sans véritable fil narratif, le spectacle se veut plutôt une succession de scènes variant entre burlesque et grand-guignol au gré de l’évolution d’un décor, où les banquettes en skaï côtoient les bonzaïs géants (!), et des travestissements des acteurs. Après un incipit très réussi où la même scène de dîner qui part en vrille est jouée à plusieurs reprises, de plus en plus vite, les quatre comédiens vont enchaîner les numéros plus ou moins réussis (pastiche de cabaret, imitation de grands acteurs - Gabin, Ventura -, biographie de Néron). On touche alors ici à la faiblesse même d’une telle proposition théâtrale : forcément inégale, celle-ci tient essentiellement par le texte qui, par moments, n’est pas toujours à la hauteur de la belle énergie déployée par les comédiens.
Pourtant, quand les deux sont à l’unisson, l’ensemble s’avère réellement convaincant comme ce passage, certes cynique mais jouée de manière assez hilarante, où sont évoquées en creux les différentes approches d’un pédophile (« Viens goûter mon petit salé aux lentilles/Viens voir la sucette à tonton Dada »). Ce qui permet alors d’échapper à toute dimension scabreuse est le côté perpétuellement moqueur du texte : qu’il s’agisse d’un pédophile donc mais aussi de Jérôme Bosch ou de Picabia, la même dérision est employée. Véritablement ancré dans son époque (un peu trop même, on doute que d’ici quatre ou cinq ans, les clins d’œil gentiment moqueurs à Christine Angot, Mathilde Monnier ou Jérôme Bel fassent encore rire comme aujourd’hui), El Coup du Cric Andalou réussit plutôt donc cette gageure de se maintenir sur ce fil ténu entre bordel organisé et n‘importe quoi arty.
le 12/03/2006