Gisèle Vienne
du 24/04/2008 au 29/04/2008
Théâtre de la Bastille,
Paris
Complètes plusieurs jours avant la première, les cinq représentations de Kindertotenlieder, nouvelle création de Gisèle Vienne, avaient déplacé au Théâtre de la Bastille un public un peu différent de celui qui peuple ses rangs de coutume. De fait, il s’agissait plutôt de l’assistance que l’on croise habituellement dans les soirées électroniques expérimentales, probablement attirée par la présence, sur scène, de Peter Rehberg et Stephen O’Malley, chargés de réaliser en live la bande-son de ce « chant pour les enfants morts ».
Munis des bouchons d’oreille distribués à l’entrée, nous prenons place alors que, comme souvent à la Bastille, le rideau est absent, nous laissant immédiatement profiter du plateau. Recouvert d’une pellicule de neige artificielle, celui-ci est habité par une dizaine de jeunes gens dont on discerne à peine les visages, masqués par leurs sweats à capuche. Têtes baissées et épaules rentrées, les adolescents, tout de noir vêtus, oscillent entre caricatures de la jeunesse désenchantée et disciples d’un mouvement para-gothique. Quand le spectacle commence, l’un d’entre eux se saisit d’un micro pour s’interroger, dans un monologue empli de spleen, sur l’existence et ses aléas, tandis que quelques autres s’animent, dans des mouvements mi-naturels, mi-dansés.
Cependant, alors qu’on pensait que Kindertotenlieder se situerait dans une réalité assez crue (soulignée par cet accompagnement musical en direct), la pièce va, peu à peu, faire tomber les masques et s’inscrire alors dans une tradition du faux qu’on pourrait relier au théâtre de marionnettes. Ainsi la plupart des adolescents se révèlent-ils n’être que des pantins articulés, les textes des enregistrements diffusés en playback et les Perchten (gros monstres poilus qui surgissent pour terroriser la population) des comédiens aspirant plutôt à boire des coups. Peu original, ce travail peine à convaincre et semble même décentrer le spectacle de sa dimension macabre première, comme si Gisèle Vienne avait craint de se confronter frontalement à ce sujet, préférant le traiter de biais, via ce jeu de dupes et de masques.
Pour autant, la violence n’est pas mise de côté, qu’elle surgisse de la guitare de Stephen O’Malley ou des échanges corporels entre comédiens. Mais cette démesure n’est malheureusement transcendée par aucune catharsis, ne parvenant pas à nous faire véritablement croire aux pulsions (de mort, de désespoir, de destruction) qu’éprouveraient les adolescents. Reste néanmoins une indéniable réussite plastique, magnifiée par la confrontation entre ce plateau immaculé et la noirceur des habits et cheveux des protagonistes.
Autres dates :
27 et 28 septembre 2008 : Genève
21 novembre 2008 : Théâtre Duchamp Villon – Rouen
6 et 7 juin 2009 : Centro Parraga - Murcia
le 03/05/2008