Groupe Incognito
Groupe Incognito
du 02/06/2008 au 28/06/2008
Théâtre de la Cité Internationale,
Paris
Compagnie principalement formée au Théâtre National de Strasbourg, le Groupe Incognito présente, à la Cité Internationale, lieu ami de la salle alsacienne, Le Cabaret des Utopies, spectacle créé en 2004 et constamment rénové depuis.
Alors que les comédiens (accompagnés de deux musiciens installés côté jardin : l’un à la contrebasse, l’autre passant du piano à la guitare) sont déjà sur scène quand le public s’installe, la pièce débute par ce qui ressemble à un petit précis de théâtre de l’absurde. Débat enlevé et déjanté sur l’utopie, cette première scène alterne envolées rêvant d’un monde meilleur, citations de Thomas More ou Campanella et passages chantés. Dès cet incipit, les bases du spectacle sont posées : moments musicaux joliment intégrés pour des chansons de Thomas Fersen, Wladimir Anselme, Gérard Lenorman, Léo Ferré, Damia ou Claude François, successions de soliloques et aphorismes sans autre sens que celui de décrire un hypothétique idéal, référencement assez fortement marqué. De fait, au-delà des auteurs et musiciens déjà évoqués, une scène se fait novarinesque (quand il s’agit de représenter corporellement des concepts et notions purement théoriques), des intermèdes bricolés côté cour usent d’artifices typiques des travaux de Fischli & Weiss (une étincelle s’allume, une corde se consume, elle fait tomber une botte qui renverse un saut d’eau, etc…) et la dimension burlesque de l’ensemble évoque les grandes heures du muet.
Pour autant, ces multiples sources, plus ou moins clairement assumées, n’empêchent pas de passer un très agréable moment, ponctué de savoureux passages à l’image de cette tirade dans laquelle un comédien exhorte ses congénères (« Soyons tous d’accord avec moi »). Néanmoins, on déplorera quand même le caractère relativement inoffensif du propos général qui critique gentiment notre société contemporaine, en raille quelques travers, suggère des pistes tout à fait irréalistes, mais sans que tout cela ne fasse grand mal en définitive. Comme si, soucieux d’occuper en permanence les espaces sonore et du plateau, le Groupe Incognito fonctionnait parfois en roue libre ; un léger travers qui devrait de toute évidence s’estomper avec les années.
le 24/06/2008