Jean-Claude Leguay / Christine Murillo / Grégoire Œstermann
Jean-Claude Leguay, Christine Murillo, Grégoire Œstermann
du 29/04/2009 au 30/05/2009
Théâtre du Rond-Point,
Paris
Deux ans après Xu, premier spectacle dans lequel Jean-Claude Leguay, Christine Murillo et Grégoire Œstermann se livraient à un jeu sur les mots destinés à fournir le Baleinié, dictionnaires des tracas, les trois comédiens remettent l’ouvrage sur le métier avec Oxu. Il s’agit donc d’énumérer différents petits tracas quotidiens et de leur trouver un vocable spécifique, qui possède une consonance signifiante tout en évitant les mots-valises, trop transparents aux yeux du trio.
Le titre donne déjà un aperçu de l’entreprise : un oxu est en effet un objet qu’on vient de retrouver et qu’on reperd aussitôt. Le spectacle sera l’occasion d’autres trouvailles chargées de représenter aussi bien des êtres vivants (« mouche qui se cogne et se recogne contre la vitre au lieu de sortir par la fenêtre qu’on a ouverte exprès pour elle », « voisin qui a trouvé vos clefs sur votre boîte à lettres et les a mises dans votre boîte à lettres avec un mot « j’ai trouvé vos clefs sur votre boîte à lettres » ») que des actions (« hésiter entre « l’italien » où on était la dernière fois, « le français » mais il a baissé, « le chinois » mais il est un peu loin, et « le japonais » mais y a jamais personne ») ou des sentiments (« coup de barre qui vous prend dès la Porte d’Orléans alors que vous avez prévu d’aller jusqu’à Antibes »). Savoureux et truculent, ce jeu sur les mots, bien typique de notre langue française, se déroule au milieu d’un fatras d’objets hétéroclites, cartons qui bougent tout seuls et chaises aux pieds caoutchouteux.
Néanmoins, Oxu n’échappe pas complètement à ce que l’on pourrait appeler le syndrome « première gorgée de bière », cette magnification des petits riens du quotidien et la douce mièvrerie complaisante qui s’ensuit. Emportés par leur enthousiasme, soutenus par les rires d’un public conquis d’avance (à peine la première réplique prononcée, une bonne partie de la salle s’esclaffait), les comédiens versent ainsi par endroits dans une certaine facilité. Fort heureusement, le spectacle ne se limite pas à cet exercice de remplissage de dictionnaire puisque quelques chansons le parcourent et que Jean-Claude Leguay, Christine Murillo et Grégoire Œstermann se livrent également à une délectable recherche des phrases « qu’on a jamais dites », pour la simple satisfaction d’enfin les énoncer. Tandis que le premier relève que « on va avancer le conseil des ministres », il ne l’a jamais formulé, le dernier note qu’il n’a jamais prononcé « sellez mon cheval » (pourtant bien pratique, continue-t-il, cela permet de signifier un départ courroucé et une volonté de mettre fin abruptement à une conversation) et la comédienne, femme un peu forte, avance n’avoir jamais dit « il est un peu large, vous ne l’auriez pas en 34 ? ».
le 09/05/2009