Nuit d’Electronique et d’Opéra : Urban Toonz / MachtEnzym / Noize Creator / New Opera Hero / Subskan / Seekness / Subjex

 date du concert

08/05/2009

 salle

Opéra Royal de Wallonie,
Liège

 tags

MachtEnzym / Opéra Royal de Wallonie / Timeless Network

 liens

Opéra Royal de Wallonie
MachtEnzym
Timeless Network

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Pour sa deuxième édition, l’ambitieux projet NEO voyait une nouvelle fois une foule bigarrée, rassemblant amateurs de musiques électroniques et public plus âgé, rallier l’imposant bâtiment de l’Opéra Royal de Wallonie, en plein coeur de Liège. Foule toutefois un brin plus clairsemée que l’an dernier et qui, on aura l’occasion de le constater, n’attendra pas la fine pointe de l’aube pour se disperser. NEO est une initiative originale, mise sur pied par l’Opéra Royal de Wallonie avec la précieuse collaboration du collectif Timeless Network, visant à faire se rencontrer et dialoguer musiques électroniques plus ou moins expérimentales ou dancefloor et airs d’opéra classiques.

La scène du beau théâtre à l’italienne, dont les sièges sont évidemment recouverts d’un plancher pour l’occasion, est divisée en deux dans le sens de la longueur et chacune des moitiés de scène est mobile : sur celle de devant, les lives et DJ sets électroniques ; sur celle de derrière, qui s’élève tandis que des artefacts (crucifix, lustres, globes) descendent des cintres, prennent place les musiciens de l’orchestre qui, à trois reprises, viennent ponctuer la soirée d’airs populaires du répertoire (Verdi, Bizet, Mozart, Gershwin, Ravel, Tchaïkovsky, Händel, Webber, Broschi), acclamés systématiquement par un public visiblement ravi de ces petites respirations bienvenues, contrepoints à des sets parfois arides. On saluera une organisation quasiment sans faille - à ceci près que les modifications scéniques font évidemment perdre un certain temps et brisent quelque peu le rythme -, des visuels tout à fait corrects, sans être renversants, mais quelque peu masqués par la construction de l’avant-scène, requise semble-t-il par le projet New Opera Hero, et l’initiative consistant à distribuer, comme l’an dernier, à tous les spectateurs un CD reprenant un morceau de chaque artiste présent.

Maintenant, que retenir de cette soirée au rayon électronique ? Plusieurs choses. On arrive au milieu du set des Liégeois Urban Toonz et on agrée rapidement à leur proposition d’une ambient spatiale avec theremin ; belle mise en contexte, jolis sons clairs et détachés. On poursuit avec ce qui demeurera pour nous le meilleur moment de la soirée : MachtEnzym, duo allemand combinant batterie "légère" et electronica chaleureuse et chaloupée. On pense bien entendu à Radian (mais devrait-on ?) et ce set s’avère très plaisant, particulièrement lorsque les glissements électroniques, longs aux oreilles, s’accompagnent des enroulements saccadés de la batterie. Le propos se densifie progressivement pour aboutir à un dialogue impeccable entre des textures électroniques et un brin grinçantes, de tout bon aloi, et un jeu de batterie parfois frénétique. Le troisième set, celui de Noize Creator, Allemand également, sera plus évanescent : seul au laptop, il délivre une ambient expérimentale faite de nappes et de déflagrations un peu oppressantes. C’est imposant, percutant parfois, mais ça manque de légèreté et de force de conviction ; toutefois, quand on fait l’effort de s’y plonger, on peut accrocher. Cela a cependant l’air de moins plaire au public, à présent assez nombreux.

La tête d’affiche de la soirée, c’était New Opera Hero. Venus de Londres, la dizaine de musiciens, acteurs, voire acrobates nous a présenté Music Animata, un opéra électronique d’une quarantaine de minutes. On peinerait à en présenter le pitch (saynètes familiales, rapports de force dans le monde de l’entreprise...), on avouera aisément que, d’un point de vue musical, c’était assez franchement n’importe quoi, mais c’était incontestablement une expérience inattendue et presque délirante qui nous a amusé. Empruntant les instruments à cordes de l’orchestre, dirigés par un "chef" au laptop affublé d’une combinaison rétro-futuriste, invitant les spectateurs à diriger leurs regards sur une scénographie intéressante et véloce, les membres du groupe, tous affublés de tenues on ne peut plus kitsch, ont délivré ce qui tient plus de la performance que du concert. Les acrobaties aux tissus descendant du haut de l’échafaudage encadrant la scène, morceau de bravoure, ont beaucoup plu. Comportant sur la fin un boléro survitaminé au violoncelle et à la batterie, cette chose curieuse nous a amusé, mais guère conquis.

La suite du line-up sera malheureusement quelque peu décevante. Subskan tout d’abord, régional de l’étape, profite d’une scène et de visuels désormais mieux mis en valeur maintenant que "l’opéra" est terminé. Déjà présent l’an dernier - aux côtés de Murcof, Mike Dred, Neil Landstrumm, DMX Krew, Meiose, A.L.F. et Brainsucked -, où il nous avait nettement plus séduit, il délivre ce soir des structures rythmiques lourdes, dépourvues de mélodies. Ce n’est pas antipathique mais ça manque d’évolutions, ça tourne en rond ; il est temps pour nous de nous évader un peu. On revient pendant le set de Seekness, quatuor Bruxellois (l’ex-indus Seal Phüric aux machines, une trompette, une contrebasse et une guitare), et on le regrette rapidement. Ce magma sonore peu avenant, antithèse du clubbing alors qu’il est déjà 2h30, tient de la jam session bordélique et nous laisse parfaitement de marbre. On reste stoïque car on attend Subjex, venant du Nord de la France et signé entre autres chez Planet µ, ce qui stimule notre curiosité. Il commence avec 50 minutes de retard sur l’horaire prévu - dommage, ça -, alors que la salle s’est déjà relativement vidée, et nous propose - ouf ! - une charpente et un rythme... C’est déjà ça ! Ce que nous avons entendu, soit un bon deux tiers de set, évoque effectivement nettement le label de Mike Paradinas : sons très intéressants, mais agencés d’une manière brutale, voire déstructurée. C’est interpellant - peut-être à approfondir en disque ? - mais nous peinons à déceler le fil conducteur du propos et à accrocher véritablement. Nous n’attendrons pas le dernier live (Shaken vs Freeman), présenté comme un mélange de dubstep et de drum’n’bass (soit), ni a fortiori les DJ, et nous quittons les lieux sur le coup de 3h30.

On retire au final de tout cela une impression générale mitigée : belle initiative, très originale et bien tenue ; quelques découvertes intéressantes (MachtEnzym surtout, Urban Toonz, Noize Creator et Subjex subsidiairement) ; mais l’on aurait pu espérer un plateau globalement de plus haute tenue pour donner corps au concept, avec pourquoi pas une véritable rencontre entre les créateurs électroniques et le monde de l’opéra classique. A l’année prochaine pour constater cela ?

Gilles Genicot
le 14/05/2009