Samuel Beckett
Peter Brook
du 27/05/2009 au 20/06/2009
Théâtre des Bouffes du Nord,
Paris
Difficile de nier que Samuel Beckett est un grand auteur ; pourtant, nous n’avons jamais été réellement séduits par son écriture dramatique, trouvant légèrement répétitif son travail sur l’absurde. Alors que Peter Brook reprenait en son Théâtre des Bouffes du Nord une création montée la saison passée, on décida de donner une nouvelle chance à l’écriture beckettienne, d’autant plus qu’il ne s’agit pas là d’une véritable pièce mais de Fragments formés par cinq scènes (quatre « dramaticules » et un poème) constituant un ensemble servi par trois comédiens anglais.
Si le côté un peu « digest » inhérent à la proposition pouvait rebuter a priori, celui-ci disparaît rapidement grâce au style si identifiable de Beckett, présent d’une scène à l’autre, du Fragment de Théâtre I mettant aux prises un aveugle et un infirme à l’Acte Sans Paroles II faisant intervenir deux personnages hébétés. Constance du style donc, mais aussi présence de tous les clichés beckettiens : absurdité des dialogues et situations, personnages égarés au milieu de nulle part, plateau nu (même les sur-titres sont projetés directement sur le mur), humour à froid, ne manquerait plus que Winnie sorte de son tumulus pour remplir tout à fait la coupe ! Sans réclamer une dénaturation totale de l’œuvre de l’Irlandais, on aurait pu attendre une mise en scène un peu plus inventive et un peu moins strictement respectueuse du texte.
A fortiori, on déplora une nouvelle fois que celui-ci se limitât à des concepts assez simples : une même journée vécue par Monsieur Grognon puis par Monsieur Heureux (Acte Sans Paroles II), trois rombières se retrouvant sur un banc et pérorant par messes basses deux par deux sur la troisième (Va et Vient), etc… De ce programmatisme naît alors une trop grande anticipation des déroulements dramatiques et un caractère trop attendu des effets gestuels. Puisque la salle riait aux éclats quand on ne dépassait pas le sourire bon enfant, on ne put qu’en conclure que, décidément, on n’accroche pas au théâtre beckettien.
le 01/06/2009