Erna Ómarsdóttir
30/05/2009
Parc de la Villette,
Paris
Cela fait quelques fois que l’on se déplace pour aller voir les travaux de l’Islandaise Erna Ómarsdóttir, découverte en 2002 à la Ménagerie de Verre avec Johann Johannsson pour IBM 1401, puis The Mysteries of Love à La Ferme du Buisson en 2006, et plus rien depuis. Aussi c’est avec enthousiasme que l’on abordait le festival Villette Sonique en ce samedi qui s’ouvrait par un nouveau spectacle de l’Islandaise.
On arrive tout juste à 15h30 au Jardin des Miroirs où devait se produire Erna Ómarsdóttir. On entend de la musique, juste une guitare, le public est déjà bien présent, assis devant ce qui servira de scène, petit parc parsemé d’arbres et de monolithes métalliques produisant de flous reflets. On devine alors l’Islandaise en train de sortir de terre, jusque là enfouie dans un mélange de terre et de sable, rappelant le début de IBM 1401, empêtrée alors dans un amas de câbles. On retrouve ensuite son style si particulier que l’on avait constaté un peu estompé dans The Mysteries of Love : une danse sèche faite de mouvements brusques, de convulsions, toujours très proche du sol. Mais la chorégraphie est ici plus figurative, voire même théâtrale, jouant d’abord les pharaons avec un tissus doré lui servant de masque, et n’hésitant pas à user d’humour en allant se cacher derrière les blocs de métal, faisant croire à une scène de lévitation quand on voit ses chaussures à plus d’un mètre du sol, le tout en utilisant au mieux un décor naturel, jouant avec le sable et faisant corps avec les arbres.
On retrouvait donc ici clairement son style que l’on pourrait qualifier de violente poésie avec cette alternance de douceur et de nervosité, mais ce n’était là que la première partie. Erna Ómarsdóttir prend un micro et nous explique le contexte de ce spectacle, à savoir l’histoire du premier et dernier cowboy islandais qu’elle va nous conter dans un deuxième temps et qu’elle avait mimé précédemment, faisant de ses mains deux révolvers qu’elle pointait sur le public. Cette deuxième partie débute par un chant lent et doux, parfois empreint d’une certaine gravité, accompagné par la guitare cristalline de Valdimar Johannsson qui jouait déjà dans The Mysteries of Love. On retrouvera ensuite ses intonations, étonnante voix chevrotante au milieu d’un chant qui se transforme régulièrement en spoken word, mais aussi en une sorte de doom métal avec guitares saturées et cris monstrueux. D’abord coincée derrière son micro, elle fait ensuite vivre son personnage qu’elle accompagne jusqu’à sa mort, tombant au sol comme si elle était touchée par une balle.
Il était intéressant de voir l’Islandaise dans un autre registre que la danse, et de faire un parallèle entre les deux disciplines traitées de la même manière, avec ces violents contrastes entre poésie langoureuse et rage violente, le tout mené avec une énergie débordante. On n’est apparemment pas prêt de s’en lasser !
le 06/06/2009