du 20/05/2009 au 11/09/2009
Centre Culturel Canadien,
Paris
Depuis plusieurs décennies, Eric Cameron réalise des Thick Paintings, au nom trompeur puisqu’il s’agit en réalité de sculptures, réalisées à partir d’objets du quotidien puis recouverts de multiples couches de gesso (sorte de craie, principalement utilisée en peinture). Le résultat n’est alors pas très éloigné de ce que peut faire Bertrand Lavier, lorsqu’il recouvre d’acrylique un piano ou une voiture : les couches donnant une nouvelle vie et une nouvelle destination aux objets.
Pourtant, à la différence du plasticien français, les œuvres de l’Anglais émigré au Canada ne sont pas toujours ressemblantes car, au fur et à mesure des superpositions de gesso, l’objet initial peut disparaître complètement, y compris sa forme générale, sa silhouette. Lettuce, laitue à l’origine, devient une grosse sphère, English Roots : Paintings voit une boîte de pellicule photo évoluer vers une figure indistincte, Chloe’s Raw Sugar passe d’un sachet de sucre brun à une sorte de soucoupe volante tandis qu’Ede’s Choice utilise des chaussures de bébé pour créer quelque chose tenant davantage de la colombe. Ces déformations tiennent, au-delà de l’adjonction de gesso, à la manière de procéder de Cameron : tant que l’œuvre considérée n’a pas été acquise, il continue d’y ajouter des couches de craie ; si bien que certaines pièces ont sur elles plus de dix mille épaisseurs de calcaire.
Ce processus lui permet alors de combiner work in progress (par construction, on ne sait jamais quelle sera l’apparence terminale de chaque œuvre) et objet fini (les sculptures représentent toujours plus ou moins quelque chose). À ce titre, elles se font parfois très nettement identifiables : le ressort de Spring Eternal ou la chaise de Stacking Chair, par exemple. Le visiteur peut alors parcourir la courte exposition en se livrant au petit jeu des devinettes à l’approche de chaque œuvre. Alors que l’utilisation uniforme du blanc, l’absence totale d’autres colorations, le caractère brut du gesso, proche du plâtre de travail utilisé en sculpture, ou la présence d’une cinquantaine de « record sheets » (feuilles sur lesquelles sont inscrites le nombre de couches pour chaque œuvre) renforcent l’aspect work in progress du travail de Cameron, Record of Work témoigne d’une grande cohérence et donne jamais l’impression de parcourir un atelier ou de visiter une exposition montrant des ébauches ou chutes de travail.
Itinérance de l’exposition :
– du 13 mars au 7 juin 2010 : Musée Chagall - Nice
le 26/07/2009