(Hyperfunction / Import)
06/03/2009
Electronique

Contemporain / Expérimental / Hyperfunction / Michael Peters
Après le cours d’anatomie d’il y a quelques semaines avec l’album de Jacob Kirkegaard, on devrait se lancer ici dans un cours de mathématiques que l’on va toutefois essayer d’éviter. C’est la première fois que l’on parle de Michael Peters, allemand, 35 ans d’activité musicale, d’abord à la guitare puis expérimentant toute sorte de pratiques et de styles, rock, ambient, improvisation à base de guitares, field recordings, boucles, ou électronique et synthèse granulaire en particulier.
Avec Impossible Music, il s’essaye à un nouveau type de travail puisque cette musique a été composée par un ordinateur... En partie composée en fait, l’humain étant encore là pour jouer sur quelques paramètres du programme informatique pour en quelque sorte diriger la machine. Tout est parti de ce que l’on appelle en mathématiques un étrange attracteur (un ensemble mathématique qui peut être défini par des équations) découvert par deux physiciens du CERN (Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire). Michael Peters avait déjà travaillé en 1994 sur cet attracteur via un logiciel qui produisait des représentations graphiques de celui-ci, courbes mathématiques à la beauté mystérieuse. C’est plus tard qu’il a adapté son programme de manière à ce qu’il produise de la musique selon le même principe, remplaçant les coordonnées de pixels à l’écran par des contrôles MIDI, envoyés à un piano numérique et un sampler rempli de sons de percussions.
Comme pour les courbes graphiques, Michael Peters contrôle l’ensemble via quelques données constantes qu’il a le loisir de fixer selon sa volonté, venant perturber la mécanique bien huilée de l’ordinateur, mais il nous apparaîtra difficile d’apprécier le réel apport de l’artiste sur ce disque, mis à part bien sûr la création de l’outil. Le résultat est quand à lui une musique à la fois mécanique et abstraite, finalement assez proche de ce que l’on entend généralement par musique contemporaine. Invention of the Cube ou Frowning Bagatelle en sont les meilleurs exemples, alternant notes graves et aigües sans lien apparent, et jouant énormément sur les silences. L’instrumentation est malheureusement pauvre, avec des sonorités pas hyper sexy, samples froids joués de façon mécanique (Cowbell Burlesque), vraiment regrettable lorsqu’il s’agit d’instruments acoustiques. Du coup le résultat est plus probant quand des sonorités électroniques sont utilisées (Malfunction For Jazz-Rock Automaton) et l’accroche est plus facile quand la musique semble se répéter, que des motifs apparaissent et évoluent doucement, à l’image de The Anomalous Catalogue, Alhambra Algebra et ses notes de harpe, et plus tard Woodenfall interprété avec des sons de xylophone, ou encore The Black Edge convoquant un clavecin.
A l’écoute de la huitième piste, on se dira que cette musique aux notes qui défilent à une vitesse impressionnante ne pourrait pas être jouée par un être humain. Cela tombe bien, ce n’est pas le cas, et ce morceau reprend le titre de l’album : Impossible Music.
Le principal intérêt que l’on trouvera à cet album, c’est les questions qu’il soulève et qui ont certainement déjà été soulevées par d’autres, Stockhausen en tête. Faut-il encore lier mathématiques et musique ? Quelle est ici la part de travail artistique de Michael Peters au regard de la production informatisée ? En dehors de l’intérêt purement expérimental, cet Impossible Music nous laisse surtout perplexe.
le 02/08/2009