du 07/06/2004 au 17/06/2004
Institut Cervantes,
Paris
Pour la sixième année consécutive (soit une durée d’existence égale à celle du festival du cinéma indépendant de Buenos Aires, vivier du renouveau cinématographique « porteño »), l’Institut Cervantes présentait sa quinzaine du cinéma argentin. Au programme cinq longs-métrages de fictions récents parmi lesquels Extraño de Santiago Loza, sorti l’été dernier en France, accompagné de quatre films inédits dont les meilleurs se sont trouvés être ceux où actualité ou Histoire interféraient dans la narration.
Ainsi, Bar el Chino de Daniel Burak met en scène un documentariste désireux de finir son travail sur ce bar pittoresque de Buenos Aires, célèbre rendez-vous des chanteurs de tango. Tiraillé par des contraintes économiques (nécessité de réaliser un spot publicitaire pour une autoroute, ruine du pays avec la crise politico-financière de fin 2001), le héros n’en conserve pas moins une indéfectible volonté de terminer son documentaire. Emboîtements récurrents des couches narratives, liberté du propos et juste illustration du sentiment d’infériorité des argentins vis-à-vis des espagnols nous permettent de passer un agréable moment, peut-être un peu plombé par trop de situations téléphonées (histoire d’amour évidemment contrariée, retrouvailles attendues entre le héros et son fils).
Film le plus ambitieux de la quinzaine, Los Rubios, primé l’an passé à Buenos Aires, permet à Albertina Carri de revenir sur l’enlèvement et la torture dont ont été victimes ses parents en 1977. Là où pathos et affectation pourraient dominer, la réalisatrice préfère opter pour une opportune distanciation (les scènes de reconstitutions sont « jouées » par des Playmobil dans un décor à leur échelle, une actrice joue le rôle de la réalisatrice enquêtant sur les lieux des évènements, les mises en abyme sont itératives) et une judicieuse réflexion sur le cinéma (fiction, documentaire et journal intime se mêlent harmonieusement). Même si le dispositif mis en place s’enlise par instants, égarant quelque peu le spectateur, le film témoigne constamment d’une honnêteté intellectuelle et d’une volonté d’expérimentation artistique remarquables.
A l’inverse, Valentin n’est que flopée de bons sentiments et chantage à l’émotion dans lequel Valentin, neuf ans, Cupidon tête à claques, essaye à tout prix de recaser son père, divorcé, avec une de ses ex. Platement mis en scène, le film d’Alejandro Agresti témoigne, qui plus est, d’une exaspérante tendance à « l’améliepoulainisation » : voix off omniprésente, héros qui veut faire le bien des autres malgré eux et récit hermétique au monde qui l’entoure.
Plus convaincant se trouve être El Septimo Arcangel de Juan Bautista Stagnaro, polar urbain bien ficelé où un jeune homme a vingt-quatre heures pour réunir une importante somme d’argent, se voyant dès lors délaissé de tout son entourage. Malheureusement, là où Les Neuf Reines, autre polar argentin sur un thème voisin, sorti ici il y a deux ans, brillait par son ironie permanente et une lumineuse anticipation de la crise de fin 2001 dans la narration, El Septimo Arcangel ne transcende jamais le genre, s’en tenant, de manière basique, aux canons de celui-ci.
le 28/06/2004