Nouvelle vague allemande : Marseille / Voyage Scolaire / En Route

 réalisateur

Henner Winckler

Angela Schanelec

 date

09/02/2005

 tags

Angela Schanelec / Henner Winckler

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Le 9 février sortaient 3 films allemands, pris en charge par le même distributeur, et créant du même coup un petit événement, se faisant même plus remarquer que s’ils avaient été projetés dans le cadre d’un festival. D’ailleurs un festival pourrait donner un chance à quelques films, les autres n’ayant pas forcément la chance d’être distribués un jour. Ce sont donc trois films de réalisateurs méconnus qui trouvent ici immédiatement leur public grâce à deux salles parisiennes plutôt bien remplies pour cette troisième semaine d’exploitation.

Le hasard fait que l’on verra ces trois films dans l’ordre du plus expérimental au plus facile d’accès. On commençait par Marseille d’Angela Schanelec dont c’est le quatrième long-métrage. Une jeune allemande (Sophie) passe ses congés à Marseille, un peu par hasard, ayant trouvé une française qui proposait un échange d’appartement. Le film débute par ses errances dans les rues de Marseille, et puis on sent une sorte de mal-être d’une jeune femme perdue au sens propre comme au figuré. Perdue dans cette ville où elle ne connaît personne, et perdue dans sa vie quotidienne qu’elle cherchait finalement à fuir. Le film surprend, la réalisatrice cherche à perdre également le spectateur en changeant brutalement de situation géographique et temporelle (retour de Sophie en Allemagne), en filmant des scènes incompréhensibles qui ne sont expliquées que plus tard (l’étrange scène d’une répétition de théâtre, l’interrogatoire chez les flics). En filigrane, comme le subconscient de l’héroïne, une relation naissante avec un homme, Pierre, interprété par Alexis Loret (Le Monde Vivant, Le Pont des Arts) rencontré dans la capitale phocéenne, et une situation insatisfaisante avec un couple d’amis allemands feront basculer la jeune femme vers une décision que l’on devine définitive, une confirmation de la fuite, d’un nouveau départ.
On pourrait être gêné par la distance prise par la réalisatrice vis à vis de ses personnages. Sophie nous paraît loin, on la suit caméra à l’épaule, de manière réaliste, tel un documentaire, avec même une quasi absence de musiques. On partage du même coup sa solitude, son désarroi, et c’est finalement cette distance qui contribue à nous rapprocher d’elle.

Voyage Scolaire est le premier film de Henner Winckler et tout de suite le lien se fait avec Marseille, que ce soit par ce même grain de l’image, ou par le personnage de Ronny, pendant masculin et adolescent de Sophie. Ronny est en voyage scolaire avec sa classe, mais il reste dans son coin, réservé, un peu rebelle, parfois par maladresse, pour faire comme ses camarades, pour se faire remarquer. Le hasard fait qu’il va sympathiser avec Isa, puis les sentiments s’installent et le réalisateur saisi chaque faille dans ses personnages avec une délicieuse justesse. Le va et vient des adolescents qui se testent, la quête de reconnaissance, le besoin d’être rassuré chez Isa qui sympathise avec un jeune polonais, et la jalousie destructrice, les preuves de virilité chez Ronny qui fait face à un concurrent de taille.
Mais là où Angela Schanelec prenait ses distances, Henner Winckler semble pris de sympathie pour chacun de ses personnages, partageant leurs peines et leurs joies, mais aussi leur solitude dans les moments de doutes. Il fait preuve d’une tendresse à leur égard en ponctuant tous ces moments difficiles par quelques fines pointes d’humour qui tombent toujours juste, quand Ronny et son concurrent se retrouvent errant dans les rues, bras dessus, bras dessous avec une bouteille de vodka à la main, ou quand Ronny pète un câble en dansant tout seul pendant la visite d’un musée, peignant ainsi une très belle chronique adolescente.

Pour finir, En route de Jan Krüger, dont c’est également le premier long-métrage. Des trois, c’est donc le plus facile d’accès, avec une image plus léchée, et trois personnages assez faciles à cerner et au capital sympathie évident. Sandra est avec son ami Benni, ils forment un couple parfait, prennent soin de Jule, la fille de Sandra, et font du camping au sud de Berlin. Un jeune homme, Marco, les remarque et s’immisce dans leur vie de manière assez directe. Avec lui c’est un certain malaise qui s’installe, et très vite on sent que c’est par lui que va arriver le drame. Mais de drame il n’y aura pas vraiment : le réalisateur joue avec ces quelques éléments, fait évoluer les relations entre ses personnages dégoulinants de sensualité, passant de jeux adolescents à la quête amoureuse et son lot d’attractions/répulsions avec Marco dans le rôle du chien dans le jeu de quilles.
Si l’image est soignée et la narration linéaire, le réalisateur s’essaye parfois à quelques effets de style amusants, à l’esthétique particulière comme ces images saccadées donnant l’impression de ralentir le temps. On appréciera également quelques séquences d’errances nocturnes magnifiquement mise en musique.

Trois films qui au final forment un joli triptyque, avec trois étapes de la vie d’une jeunesse allemande. Un adolescent qui se cherche, une jeune femme qui cherche sa place, et un jeune couple qui semble se rendre compte qu’il n’a pas trouvé ce qu’il cherchait. Par contre on aura l’impression que l’Allemagne ne peut rien apporter à ses héros qui fuient leur pays d’origine pour mieux se découvrir, se sentir vivant, ou simplement chercher ce qui leur manque.
On sera quand même surpris par la cohérence de l’ensemble alors que ces trois films sont complètement indépendants, de réalisateurs différents et n’avaient a priori pas vocation à être distribués ensemble sous l’étiquette « Nouvelle Vague Allemande ». A la manière de ces trois films aux fins suggérées mais ouvertes, on attend déjà la suite, pour peut-être avoir confirmation d’une véritable Nouvelle Vague dans laquelle on pourrait certainement ajouter Le Bois Lacté ou Au Loin, les Lumières, tous deux sortis l’année dernière.

Fabrice ALLARD
le 14/02/2005

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