Yukiko Nakamura
02/12/2002
Les Voûtes,
Paris
La chaleureuse (au sens humain, car il faut se serrer autour du poêle pour ne pas avoir froid) salle des Voûtes, sur les bords de Seine dans le 13e arrondissement, accueille ce soir une rencontre entre musique improvisée et danse.
La douzaine de personnes qui attendaient dans l’antichambre de la salle est enfin autorisée à rentrer. On découvre les deux performeurs immobiles. Yukiko Nakamura est vêtue d’un fin kimono blanc, son visage est noir de poussière et inexpressif, elle évoque quelque fantôme perdu à la frontière de deux mondes. Il faudra attendre longtemps pour qu’elle effectue le premier mouvement, bien après que Michel Doneda ait commencé à souffler dans son saxophone soprane, évitant soigneusement de produire la moindre note.
Elle vient difficilement s’effondrer au milieu de la pièce, puis tapote de la main le sol, d’un mouvement déchirant qui évoque l’autisme. Elle avance ensuite en rampant, par d’imperceptibles mouvements reptiliens, vers le public, suscitant l’empathie des spectateurs devant ce corps qui semble démantibulé et fragile. Arrivée à notre hauteur, elle reproduit la posture des spectateurs qui ne pouvaient soutenir la vision de ce corps souffrant si proche, et regardaient avec détermination Doneda, et elle s’assoit en tailleur pour le regarder.
Puis elle repart, glissant ses pieds sur le sol, comme si elle cherchait toujours à garder le maximum de points de contacts avec la terre ferme. On a encore mal pour elle, en voyant le contact rugueux de sa peau et du béton. Doneda s’est déplacé dans la pièce, et semble maintenant la guider, soufflant au dessus de son corps torse nu écroulé par terre. Ils se retrouvent finalement dans la même posture qu’au début de la performance.
le 05/12/2002