Étrange Festival 2005 - Rétrospective Shuji Terayama

 réalisateur

Shuji Terayama

 date

du 31/08/2005 au 13/09/2005

 salle

Forum des Images,
Paris

 tags

Forum des Images / Shuji Terayama

 liens

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En trois programmes, l’Étrange Festival faisait aussi le tour de la production de courts-métrages de Shuji Terayama. Poète et dramaturge, il réunit à partir de 1967 une troupe de théatre, le Tenjo Sajiki, pour monter des pièces d’avant-garde. Il s’intéresse au cinéma dès le début des années 60, en réalisant de petits films qui sont autant de poèmes étranges, puis écrit des scénarios et met en scène des projets plus ambitieux.

Le plus connu des films présentés ici est sûrement Emperor Tomato Ketchup, qui décrit le monde après la prise du pouvoir par les enfants. Et il ne s’agit pas d’un univers aux teintes pastels : les enfants y singent les décisions arbitraires des adultes, et tuent et profitent à qui mieux mieux. Cela est raconté en de longs plans-séquences qui mêlent cruauté et érotisme, et les actions qui ne choquent pas quand elles sont l’oeuvre des adultes deviennent provocantes une fois confrontées à la supposée innocence de l’enfance.
Henriku Morisaki, acteur et assistant de Terayama, racontait après la projection comment est né le film. Terayama avait fait une émission sur une radio locale de Fukuoka reprenant le principe de La Guerre des Mondes d’Orson Welles. Le présentateur habituel du journal d’information annonça une révolution des enfants, ce qui provoqua une agitation suffisante pour que dans l’année qui suivît Terayama soit en froid avec les autorités. Mais l’idée fît son chemin, et aboutît à la première mouture d’Emperor Tomato Ketchup.

Tout au long de ses expériences cinématographiques, Terayama va défricher deux pistes. Ses premiers films ressemblent à des poèmes surréalistes. S’y côtoient des éléments sans sens apparent (une vieille femme qui marche dans des hautes herbes, des personnages grimés et grimaçants...) qui juxtaposés prennent une dimension étrange. Ses thèmes de prédilection se dessinent au fur et à mesure : l’érotisme, l’homosexualité, un goût pour le grotesque...
Puis son cinéma s’enrichit d’une réflexion sur le médium lui-même. Cela passe par des superpositions de plusieurs bandes (comme dans 16+1) : une main efface à la gomme les images d’une deuxième pellicule, un homme masqué déchire l’arrière-plan pour venir menacer une femme allongée sur une méridienne face à la mer. Il creuse encore ces idées en rajoutant une touche d’interactivité. Dans Lola (projeté sur un écran spécial constitué de fines bandes verticales), un groupe de prostituées harangue le public, insulte les amateurs de cinéma expérimental qui viennent s’épier les uns les autres. Un spectateur (Henriku Morisaki) commence à jeter des cacahuètes sur l’écran, leur répond, et finalement traverse l’écran. Il apparaît alors sur la pellicule, et n’en sera éjecté qu’à la fin du film, dans le plus simple appareil.
Dans le Film de l’Ombre, il s’écarte cependant de ces deux axes. Chaque séquence commence sur des personnages immobiles. Quand ils bougent enfin, leur ombre reste derrière eux, inscrite au mur. Elle revit même certaines actions du passé, symbolisant les souvenirs qui nous suivent à tout instant.

Bertrand Le Saux
le 17/09/2005

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