du 01/03/2006 au 07/03/2006
Mk2 Bibliothèque,
Paris
Après que le Jeu de Paume et les Cahiers du Cinéma nous ont proposé, il y a deux ans, des « aperçus du cinéma chinois contemporain », consacrés aux réalisateurs de la « sixième génération », le Festival du cinéma chinois, manifestation plus institutionnelle (parrainage ministériel, participation du CNC, programmation assurée par l’homologue chinois d’Unifrance) mais à l’organisation plus chaotique (projections inversées ou annulées à la dernière minute, direction bicéphale se renvoyant la balle), opte pour un panorama plus large des productions récentes.
De fait, on vit tout d’abord Téléphone mobile (Shou Ji) de Xiaogang Feng, comédie de mœurs et gros succès en Chine où deux quinquas se font pincer dans leurs amours adultérins à cause de leurs portables précisément. Gentil et inoffensif, ce long-métrage permet toutefois de mettre l’accent sur la dépendance moderne aux divers outils technologiques.
Présenté en compétition à Berlin l’an passé et récipiendaire de l’Ours d’Argent, Le Paon (Kong Que) est le premier film de Gu Changwei (célèbre chef opérateur ayant notamment œuvré sur le formidable Les Démons à ma Porte). Voulant relater la vie de trois frères et sœur à la fin des années 1970, Le Paon n’est en vérité qu’une suite de poncifs et de situations attendues : la jeune fille rebelle se marie avec le premier venu afin de quitter au plus vite le domicile familial, l’aîné, attardé mental, est l’objet de nombreuses brimades et humiliations de la part des voisins tandis que le cadet, coincé entre ces deux personnalités, rêve d’un ailleurs. D’un académisme pesant, le film ne transcende jamais ces chromos et s’étiole tout au long de ses deux heures vingt.
Après ces deux moments difficiles, une lueur surgit avec La Vie arrachée (Sheng si jie) de Li Shaohong, cinéaste de la cinquième génération, qui entreprend de narrer la descente aux enfers d’une étudiante, sommée de quitter l’université car enceinte. Alors que le sujet pouvait laisser supposer un traitement misérabiliste ou complaisant, le film s’en sort plutôt bien, collant, grâce à une DV utilisée parfois en caméra subjective, à son héroïne. Dans ce rôle, Zhou Xun (découverte dans le très bon Suzhou River et vue depuis dans Beijing Bicycle mais aussi dans de grosses productions comme L’Empereur et l’Assassin ou Balzac et la petite tailleuse chinoise où elle tenait le rôle-titre) fait merveille, passant de l’espièglerie à la souffrance (quand elle est obligée de vendre son enfant pour pouvoir survivre), évitant tout surjeu et posture. Malheureusement, une bonne partie de nos appréciations positives fut ruinée par un dernier plan des plus putassiers : assise dans une salle d’école maternelle, Zhou Xun nous implore, face caméra, de prendre des nouvelles de son bébé, de comprendre son geste et termine par un « merci à vous » aussi culpabilisant que démago.
Enfin, on termina ce festival par Ca tourne au Village (Zi yu zi le) de Xin Lee où un homme jeune se met à tourner un film de kung-fu avec les paysans de son village afin de séduire la fille du maire. Cousu de fil blanc (après l’avoir ignoré, la belle finira par succomber aux avances de l’apprenti réalisateur), le film réussit néanmoins à faire sourire à plusieurs reprises (devant le caractère empoté des paysans), à se moquer de l’actuelle vague des films de sabre (dans la lignée de Tigre et Dragon) et à dire quelques choses intéressantes sur l’utilisation de l’art comme arme de séduction.
Reprise des films du 6 au 12 mars au cinéma Le Roxane à Versailles
le 08/03/2006