Norifumi Suzuki
du 30/08/2006 au 12/09/2006
Rex,
Paris
Vices et Sévices (Dabide no hoshi : Bishôjo-gari) (1979)
L’hommage consacré à Norifumi Suzuki commence par un film qui concentre toutes les caractéristiques de l’oeuvre du cinéaste japonais. Vices et Sévices raconte l’histoire d’un jeune homme, héritier de la fortune familiale après la mort accidentelle (et suspecte ?) de son père. Beau, au corps souple et félin, il consacre son temps et son argent à assouvir ses penchants pour le vice et la domination. De malheureuses jeunes femmes vont en faire les frais.
On a affaire à un roman porno exemplaire. Puisque Suzuki se targue d’avoir inventé le terme, on n’en attendait pas moins de lui. Mais les passages obligés du petit catalogue des pratiques SM sont un peu pesants, et donnent l’impression d’une liste dont il faut cocher tous les articles. Heureusement cela est compensé par d’une part l’extrême rigueur du scénario, et par les qualités de la mise en scène. Il s’agit d’une mise en scène de cinéaste, basée sur l’orientation des regards, jouant avec les miroirs, et l’image vidéo. Le sujet du SM fournit bien sûr de nombreuses occasions de se livrer à des plans esthétisants entre voyeur et regardé, et Suzuki de ne se prive pas de les exploiter.
La composante la moins convaincante du film est le discours sur religion et totalitarisme. Certaines scènes montrent l’influence que cela a eu sur un esprit malléable comme celui du héros, et les obsessions qui en ont découlé. Ce thème est important pour le réalisateur, le titre original étant littéralement L’étoile de David : à la recherche de la beauté, mais cela n’aboutit ici qu’à un symbolisme gratuit et à une psychologie hasardeuse.
Le couvent de la bête sacrée (Seijû gakuen) (1974)
Le film commence sur une journée typique de la vie d’une jeune femme d’aujourd’hui (ou de 1970, mais c’est pareil) : flirt, shopping, café, balade à moto, on se croirait dans un magazine. Mais Maya (interprétée par Yumi Takigawa) a bien raison d’en profiter, car le lendemain, elle rentre au couvent. Et l’idée sous-jacente du film, c’est qu’il s’en passe des vertes et des pas mûres, au couvent. La première image donne le ton, puisque le couvent en question est entouré de barbelés et équipé de miradors.
Peut-être qu’au Japon la religion chrétienne est suffisamment peu connue pour que le spectateur ne soit pas gêné par les incohérences et les à-peu-près, mais sur les grands boulevards parisiens, la diégèse du film manque de réalisme. Il reste alors à se consacrer à des scènes, des plans, des détails de l’image. Plastiquement, le film est très beau, Suzuki utilise la couleur comme l’on peint, dans des teintes primaires, et l’ambiance entre ombre et faisceau de lumière rappelle les oeuvres gothiques de la Hammer.
Le pensionnat des jeunes filles perverses (Kyôfu joshikôkô : bôkô rinchi kyôshitsu) (1973)
Un lycée réputé pour sa discipline stricte accueille 3 nouvelles recrues dures-à-cuire. Elles ne tardent pas à se heurter au gang qui tient l’établissement sous son joug avec l’appui de la direction corrompue. En délaissant son ultra-symbolisme, Suzuki réussit l’un des films les plus cohérents de cette sélection. Après la série des Sukeban, films sur les gangs de jeunes filles, il était sûrement rodé sur le sujet. On retrouve la même actrice principale, Miki Sugimoto, parfaite dans le genre farouche qui n’a pas froid aux yeux. Sur le plan esthétique, le film a des accents pop qui le rendent éminemment sympathique, des rodéos à moto aux chansons douces du générique.
Sex and Fury (Furyô anego den : Inoshika Ochô) (1973)
Une petite fille assiste au meurtre de son père par trois personnages masqués. Il meurt en montrant 3 cartes de Hanafuda qui désignent ses assassins. 20 ans plus tard, Inoshika Ocho veut se venger.
Dans le rôle principal on trouve Reiko Ike, qui compose un personnage distingué, au port de tête altier, qui tranche avec le milieu de yakuzas dans lequel elle évolue. Une scène d’anthologie marque les esprits dès le début du film, quand Ocho se bat au sabre dans un jardin, nue sous la neige qui tombe. Le reste du film est à l’avenant, dans une veine très maniériste : Suzuki joue avec les couleurs, fait durer des combats et des agonies aussi longtemps que John Woo le fera plus tard. L’histoire marque un peu le pas avec trois scènes érotiques qui s’enchaînent au milieu du film, mais l’une d’elle est l’occasion pour Ocho de tuer l’un de ses ennemis en lui faisant l’amour, ce qui ne manque pas de panache.
le 13/09/2006