Étrange Festival 2006 - Hommage à Sono Sion

 réalisateur

Sono Sion

 date

du 30/08/2006 au 12/09/2006

 salle

Rex,
Paris

 tags

Rex / Sono Sion

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Strange Circus (2005)
Le film débute sur le martyre d’une enfant, enfermée et contrainte d’assister aux ébats de ses parents, puis violentée par son père. À un moment le film change de ton : et si cela n’était que l’histoire qu’est en train d’écrire une écrivaine à succès ?
Comme il l’expliquait lui-même à l’issue de la projection, Sono Sion a passé du temps sur le scénario de ce film. Il s’agissait de mélanger les segments de l’histoire originelle pour entretenir le mystère jusqu’à la fin du film. Mission réussie, le spectateur a du mal à démêler les fils de l’intrigue jusqu’à la dernière minute. Ce genre de construction narrative complexe n’est pas sans rappeler les films de David Lynch : faire des flashes-backs et flashes-forwards, mais sans qu’il soit évident qu’il s’agit bien de flashes-backs. Cependant, alors que le réalisateur américain se contente de quelques inversions temporelles, et permet de reconstruire au final l’histoire du film, Sono abuse du procédé et livre un film qui est (au choix, selon que l’on veuille le dénigrer ou pas) peu lisible ou ambigu et déstabilisant.
L’analogie de ce film avec ceux de Lynch se poursuit dans son aspect grand-guignolesque. Un décor de cabaret, la décoration surréaliste de la maison de l’écrivaine, tout concourt à donner une atmosphère étrange. Cette composante était l’un des desideratas des producteurs qui avaient soumis le projet à Sono Sion. Ce projet devait également être érotique, mais au cours de la réécriture, Sono a arrangé cette partie à sa manière, et si le résultat n’est pas très sexy, il est sûrement beaucoup plus fort et dérangeant !

Comme dans un rêve (2005)
Tourné en peu de temps avec une caméra numérique, Comme dans un rêve se veut une récréation entre deux projets plus sérieux. Le film raconte quelques jours de la vie d’un acteur qui vient de découvrir qu’il souffre d’une MST. Il s’engueule avec ses différentes conquêtes, puis retourne dans son pays natal pour une réunion d’anciens élèves. Au travers de ses rapports avec les autres (famille, amis, petites amies), Sono parle des affres des trentenaires. Le titre du film est aussi celui d’une chanson qui revient régulièrement, et dont les paroles disent à peu près « Ce n’est pas cette vie là que j’espérais/J’ai l’impression d’en être spectateur comme dans un rêve ».
Sur le plan du scénario, Sono peut explorer certaines techniques mises en oeuvre dans Strange Circus. La réalité bascule parfois dans les rêves du héros, où les personnages de sa vie se retrouvent à interpréter d’autres rôles, passant du second plan au premier et vice-versa. Mais au cours du film, on en vient à se demander quelle est l’histoire rêvée et quelle est la réalité...

Suicide Club (2002)
C’est le film qui a fait connaître Sono Sion. L’histoire commence avec 54 jeunes filles qui se jettent sous un train à Shinjuku. C’est le début d’une vague de suicides. La police enquête pour découvrir une raison à cette épidémie, d’autant plus intrigante que les suicides semblent être annoncés sur un site internet avant qu’ils surviennent.
Depuis le succès de The Ring d’Hideo Nakata, les films qui traitent des moyens de communications comme vecteurs de transmission de mèmes (au sens de Richard Dawkins) tueurs sont légion. Kaïro, de Kyushi Kurosawa, expliquait les tendances dépressives des accrocs d’internet par une parabole sur les fantômes. L’intelligence de Sono est de ne pas chercher une raison précise (le problème est trop complexe et en agissant ainsi il n’aboutirait qu’à des simplifications abusives), ni d’avoir recours au surnaturel (qui, s’il peut être très poétique, n’en est pas moins une manière de repousser le problème sans le traiter). Son film cherche plutôt à écarter certaines pistes trop faciles, comme la figure du gourou apocalyptique qui plait tant aux médias, et l’enquête policière piétine. Il montre des individualités (la jeune femme qui va perdre son ami lui déclare vouloir continuer à vivre) plutôt qu’une vue globale qui serait chaotique.

Requiem pour Noriko (2005)
Il s’agit d’un prequel de Suicide Club, puisque Noriko est une jeune fille qui va participer au suicide collectif de la gare de Shinjuku. Le film commence sur sa fuite depuis sa province vers Tokyo, ville de toutes les espérances pour elle. Le film est divisé en chapitres, chacun centrés sur un des personnages. Il apporte ainsi une dimension psychologique que n’avait pas Suicide Club. Les aspirations, les craintes de chacun des protagonistes sont montrées, de manière à dessiner des portraits nuancés.
C’est un film sur la capacité des gens à réaliser leurs rêves. Il explore des voies qui permettent cette réussite : le choix de ne pas rêver trop haut, le choix de l’équilibre contre la fuite en avant, la faculté de chercher en soi le moyen de rêver plutôt que de s’en remettre à quelqu’un d’autre.

Bertrand Le Saux
le 13/09/2006

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