Roland Suso Richter
Matthias Glasner
du 11/10/2006 au 17/10/2006
L’Arlequin,
Paris
Les habitudes sont tenaces au festival du cinéma allemand. Ainsi, comme chaque année, nous fûmes un peu déçus à la découverte du programme par l’absence de plusieurs films qu’on espérait voir projetés pendant cette semaine parisienne (notamment L’Homme de l’Ambassade, le nouveau long-métrage de Dito Tsintsadze, auteur il y a trois ans du réussi Schussangst, remarqué à Locarno cet été, où il était en compétition). Ensuite, comme de coutume, nous dûmes subir quelques téléfilms insignifiants ou pire : Dresde du pataud Roland Suso Richter, spécialiste de la lourdaude reconstitution historico-pédagogique, La Femme au bout de la Rue (Die Frau am Ende der Straße) de Claudia Garde, inconsistante description du quotidien pavillonnaire de deux familles middle-class.
Traditionnellement, le festival est aussi l’occasion de voir une partie des longs-métrages sélectionnés à la Berlinale. Parmi les films présentés l’hiver dernier (ceux-là même qui confirmèrent, de l’avis général, le « réveil du cinéma allemand »), seuls deux étaient présents cette semaine : Le Libre Arbitre (Der freie Wille) et À Pas de Loup (Komm näher) (il faut dire que les autres étaient déjà sortis en salle, à l’image de l’excellent Lucy, ou avaient été préemptés par les Rencontres du Cinéma en juillet dernier). En compétition officielle, le premier avait divisé lors de sa présentation en février ; en effet, mettre en scène pendant deux heures quarante la tentative de rédemption d’un violeur récidiviste sortant de neuf ans d’internement n’a rien de véritablement engageant. Pourtant, Matthias Glasner parvient à ne pas céder au voyeurisme ni à la compassion affectée, interrogeant en permanence le ressort psychologique ayant conduit son héros à de tels actes et lui laissant une échappatoire en la personne de Sabine Timoteo (l’icône du cinéma d’auteur allemand, habituée à ces rôles de jeune femme torturée, aux amours tourmentées… il faudrait d’ailleurs lui laisser l’occasion de briller dans d’autres registres). D’un abord plus classique, À Pas de Loup de Vanessa Jopp narre trois destins croisés de femmes en milieu urbain (une quinquagénaire aux relations difficiles avec sa fille et à la recherche de l’amour, une trentenaire débordée par son travail et qui délaisse mari et enfant et une autre trentenaire, plus instable, allant de mec en mec et de petit job en petit job). Si le programmatisme du scénario n’est pas démesurément forcé (les rencontres entre les trois héroïnes n’interviennent heureusement pas tous les quarts d’heure), l’ambiance générale s’avère trop plombée et l’ensemble trop proche de plusieurs films opérant sur un canevas similaire.
Jouant sur le sempiternel contraste citadin-campagnard, Le Bonheur d’Emma (Emmas Glück) de Sven Taddicken narre la cohabitation entre Max, vendeur de voitures atteint d’un cancer incurable, et Emma, fermière rompue à l’élevage de porcs et criblée de dettes. Ne proposant rien de nouveau tant dans le propos que dans son traitement, le réalisateur suit bien consciencieusement les rails du genre et finit même par lasser le spectateur. À mi-chemin entre la fiction et le documentaire, Princesse (Prinzessin) s’attache à un gang de jeunes filles dans une cité. Néanmoins, toute la sincérité et les bonnes intentions de la réalisatrice Brigit Grosskopf (dépeindre une situation sociale mal connue et mêlée à des considérations « ethniques », l’une des jeunes filles étant d’origine russe) n’empêchent pas le film de tomber par moments dans une certaine complaisance à l’égard de la violence et du comportement des intéressées.
Dès lors, une nouvelle fois, force fut de constater que les meilleurs films vus au festival furent ceux qui, dans une veine toute naturaliste, s’attachèrent au couple (Le Libre Arbitre), à la famille ou à leurs membres pris isolément. À cet endroit, Sous le Soleil (Unter der Sonne) fut probablement la meilleure découverte de la semaine. Première réalisation de Baran bo Odar, dont il s’agissait en réalité du projet de fin d’études, ce film d’une heure tout juste met en scène Victor, pré-adolescent de douze ans, amené à passer le week-end chez sa tante, mère d’une fille de quinze ans qui permet au garçon de s’éveiller au désir. Malgré quelques afféteries (photo post-David Hamilton où les personnages sont nimbés de soleil, ralentis un peu faciles sur les corps adolescents), le réalisateur démontre une vraie propension à mêler ce traditionnel récit d’apprentissage avec quelque chose de plus sombre dans son propos comme une véritable aptitude à décrire un endroit (piscine, barbecue-party) par une succession de gros plans. Porté par une bande-son-madeleine (Just can’t get enough, Shout, Tainted Love, Sugar Baby Love, Denis) idoine (l’action se déroulant en 1984), Sous le Soleil installe donc Odar sur la liste des metteurs en scènes allemands à suivre. Stefan Kromer fait également partie de cette catégorie notamment grâce à L’Été ’04 (Sommer ’04 an der Schlei), vu et apprécié à la Quinzaine des Réalisateurs cannoise et également projeté cette semaine.
le 18/10/2006