du 20/04/2007 au 28/04/2007
Teatro Nuovo Giovanni,
Udine
One Summer with You, de Xie Dong (2006)
Un des faits notables cette année au festival d’Udine était la part accrue dévolue au cinéma de Chine continentale. À l’opposé des superproductions de Zhang Yi-Mou, on s’aperçoit qu’il y aussi de la place pour des films plus intimistes, comme ce One Summer with You. Cela raconte les relations de plusieurs jeunes lycéens durant l’été qui succède à leur dernière année de cours. Les destins de chacun vont alors diverger, certains ont candidaté à l’université ce qui leur permettra de quitter leur ville de province, d’autres partiront dans l’armée, d’autres enfin resteront travailler là où ils ont toujours vécu.
Le personnage principal est un lycéen timide qui ne sait pas comment avouer ses sentiments à la jeune fille qu’il aime. Il profite de son travail d’été à la poste pour voler la lettre d’admission à l’université qu’elle attend avec impatience, et ainsi suspendre un peu l’arrivée du futur, figer le moment présent. Bon en fait c’est très bête ce qu’il fait, et à force d’être bête il en est méchant. On est donc bien content de voir qu’elle fera autre chose de sa vie.
C’est un premier rôle pas facile (mais l’acteur s’en sort bien !), et du coup le film est difficilement aimable. On va éviter de voir ça comme une métaphore de la Chine à deux vitesses qui se crée, entre les zones rurales qui ne progressent pas et les métropoles qui s’enrichissent, sur le mode "les pauvres n’ont que ce qu’ils méritent", car cela achèverait de nous déprimer.
On en retiendra seulement la collection de paysages. La chine rurale, c’est gris-gris, il y a des vieilles usines, des bâtiments en béton qui se dégradent sitôt construits sous l’action de l’humidité ambiante. Surtout on a le sentiment que plusieurs époques coexistent en un même lieu, du fait de l’arrivée de produits de consommation modernes dans un environnement traditionnel, alors qu’en Europe, ce changement s’est fait au fur et à mesure.
The Matrimony, de Teng Hua-tao (2007)
Variation sur le Vertigo d’Hitchcock. Dans la Shangaï des années 30, un homme fréquente une femme, animatrice de radio, moderne et délurée. Elle meurt également de manière moderne, renversée par une voiture. Inconsolable, notre homme épouse sous la pression de son entourage une fille effacée, venant de la campagne, et qu’il n’aime pas. Pour tenter de gagner l’amour de son mari, la jeune épouse va peu à peu se laisser vampiriser par le souvenir de la défunte.
Et là réside la grande bonne idée du film. Au lieu de jouer sur le registre de la suggestion, de faire une oeuvre de réflexion pour un public éclairé, on a une vraie histoire de fantôme chinois. Avec un vrai fantôme qui fait peur dans le grenier de la maison. Et la vieille gouvernante de la famille qui connaît les incantations à déclamer, et les signes à peindre sur le corps pour repousser le fantôme.
Mise à part ce basculement scénaristique entre deux genres de cinéma, il faut reconnaître que le film ne casse pas des briques. Peut-être justement parce qu’il est construit autour de cette bonne blague, le déroulement des évènements est un peu attendu. L’image, retouchée à la palette graphique, donne un côté "cinéma de qualité" qui est assez désagréable dans son refus du réel. A contrario pour les effets spéciaux, là où l’ordinateur pourrait apporter quelque chose, l’aspect est bon marché et grossièrement numérique.
Curiosity Kills The Cat, de Zhang Yibai (2006)
Chronique de la vie urbaine à Shanghai, teintée d’une histoire policière. Une jeune femme travaille dans une boutique de photos au rez-de-chaussée d’un immeuble de luxe, et observe ses habitants : un gardien, les propriétaires d’un immense duplex, sa nouvelle voisine esthéticienne...
La période dorée d’Hitchcock est définitivement une valeur sûre en Chine, puisque ce film évoque clairement son Rear Window. Notre jeune observatrice tente de reconstruire la réalité à partir de ce qu’elle voit des allées et venues dans l’immeuble. Elle se laisse bien sûr prendre à certains faux-semblants, ce qui donne lieu à de nombreux retournements de scénario. Bref, sur le plan du suspense, c’est joliment ficelé. Cependant, ce qui fait l’intérêt principal du film, c’est quand il s’attache à montrer les sentiments et les colères qui font craquer le vernis des rapports aseptisés de la nouvelle société chinoise. Les parties sombres de chacun se dévoilent tour à tour, tissant des liens qu’on ne soupçonnait pas. C’est une jolie réussite.
le 29/04/2007