Nicolás Pereda
du 28/03/2008 au 06/04/2008
Nouveau Latina,
Paris
Après avoir permis de constater le mini-essor du cinéma chilien, les Rencontres d’Amérique Latine de Toulouse ont, par leur palmarès, mis cette année l’accent sur le cinéma mexicain. De fait, dans la lignée de Carlos Reygadas (Japon, Batalla en el Cielo) ou Amat Escalante (Sangre), ce sont plusieurs jeunes réalisateurs qui voient leurs films récompensés çà et là. Une fois n’est pas coutume donc, ce n’est pas le Grand Prix Coup de Cœur qui est projeté lors de la traditionnelle reprise parisienne du palmarès, mais les deux Prix Découverte de la Critique Française, décernés à deux premiers longs-métrages mexicains.
Salué pour son inventivité, ¿ Dónde están sus historias ? s’attache à Vicente, jeune homme qui souhaite s’opposer à la vente, par ses oncles, de la maison de sa grand-mère. Au risque de paraître condescendant, il s’agit d’exprimer, à l’occasion de ce film de Nicolás Pereda, notre lassitude face à cette esthétique de la paupérisation qui confère à la complaisance. Que des films à petit budget existent, on ne peut que s’en féliciter ; mais que ceux-ci proposent quasi-invariablement la même image dégueulasse, la même bande-son limitée à la prise en direct, une seule idée de mise en scène (ici, la caméra placée à cinq mètres derrière les comédiens), les mêmes personnages désarmant de naïveté (Vicente se rend à la capitale pour alerter les pouvoirs publics mais arrive les mains vides, sans document aucun) et les mêmes plans interminables sur ces petits riens de la vie tellement signifiants (peler une orange, regarder le foot à la télé, observer les gens dans le métro), on se doit alors de stigmatiser une forme de facilité qui s’apparente à une formule tout aussi critiquable que celle employée par les plus racoleurs des blockbusters.
Moins ascétique sur le plan plastique, Quemar las Naves propose, pour sa part, une ligne narrative autrement plus développée. Cloîtrés dans leur belle et vieille maison, Helena et Sebastián, à la fin de l’adolescence, s’occupent de leur mère mourante. Quand son décès survient, la relation des jeunes gens va virer à l’affrontement et forcer chacun à remettre ses propres choix de vie en cause. Porté par Irene Azuela et Ángel Onésimo Nevares (à la limite du surjeu par endroits), le film de Francisco Franco Alba offre donc une déclinaison plutôt intéressante du récit d’apprentissage. Mettant de côté tout rapport à l’adulte, se concentrant sur cette fratrie et leurs camarades du même âge, le réalisateur opte pour une approche exempte de toute velléité moralisante. Malgré quelques facilités dialectiques (rejet des convenances bourgeoises par l’un des enfants alors que l’autre s’enferme au fur et à mesure), Quemar las Naves parvient par conséquent à tenir, de manière intéressante, sa ligne directrice.
le 08/04/2008