du 23/06/2009 au 22/11/2009
Institut du Monde Arabe,
Paris
Plus de dix ans après une première exposition, l’Institut du Monde Arabe propose à nouveau un focus sur la création contemporaine palestinienne. Majoritairement féminine et ouverte à tous les media (installation, peinture, photographie, vidéo), celle-ci se veut évidemment très politique sur le fond. Ainsi, quasiment aucun des dix-neuf artistes présentés n’élude cette dimension, à tel point qu’on en vient à se demander si tous les artistes palestiniens se préoccupent effectivement de cette question (ce qui serait compréhensible eu égard à la situation de leur pays) ou si les artistes et œuvres ont été sélectionnés par la commissaire Mona Khasindar parce qu’ils s’intéressaient précisément à ces sujets.
Si la première hypothèse est probablement la plus logique et la plus légitime, elle conduit également à envisager les différents points de vue retenus par les plasticiens ici exposés. À cet égard, le traitement décalé du conflit et de ses conséquences sur les individus se fait plus fort et plus poignant qu’une approche plus littérale. De fait, on sera plus sensible à A Space Exodus, vidéo de Larissa Sansour où, dans un pastiche de 2001, l’Odyssée de l’Espace, la jeune femme alunit pour y planter le drapeau palestinien, qu’aux témoignages de femmes filmées face caméra par Sandi Hilal ; plus marqué par les deux œuvres de Rana Bishara (l’installation Hommage to Childhood, ballons de baudruche dans lesquels des photos d’enfants palestiniens ont été mises et pouvant éclater à tout moment contre l’un des cercles de barbelé pendus au plafond de la salle et la sculpture Kuffiyah for Prisoners, keffieh réalisé à l’aide des bracelets en plastique maintenant captifs les prisonniers) que par la tente de réfugiés d’Emily Jacir sur laquelle ont été brodés les noms des villages détruits par l’armée israélienne. De même, la série In Exile de Steve Sabella, photomontages alignant des façades façon mosaïque, en dit presque davantage sur l’environnement urbain que les Miradors capturés par Taysir Batniji dans la solitude de leur majesté et la vidéo Chic Point de Sherif Waked (simili défilé de mode où les habits des modèles sont déchirés, comme pour mieux laisser les soldats israéliens les fouiller) témoigne plus énergiquement du quotidien que Les Enfants du Feu de Mohammed Al-Hawajri.
Alors que plusieurs artistes sont exilés depuis leur enfance ou leurs années d’études, ils demeurent fortement attachés à leur terre et à sa situation géo-politique, si bien que certains reviennent, une fois diplômés et exposés à l’étranger, vivre en Palestine et continuent de militer pour la reconnaissance de leur État. Une nouvelle fois, l’approche non frontale se fait la plus convaincante avec l’installation United States of Palestine Airlines de Khalil Rabah (revenu s’installer à Ramallah), salle d’attente d’aéroport et avion floqué aux couleurs d’une compagnie imaginaire, tandis que Mona Hatoum (restée pour sa part à Londres) se fait moins pertinente avec son tapis persan sur lequel apparaît une carte du monde respectant la projection de Peters. Pour finir, on soulignera les compositions très abouties des séries photographiques de Jumana Abboud (Tables, ensemble présentant les étalages à la sauvette des marchands du souk) et de Rula Halawani (The Wall pris dans un noir et blanc pas loin du fantastique).
le 28/08/2009