(Zarek / Metamkine)
00/03/2009
Electronique

Charlemagne Palestine / Electroacoustique / Ignaz Schick / Improvisation / Live / Perlonex / Zarek
La collaboration entre Perlonex et Charlemagne Palestine a débuté en 2004 alors que les premiers invitaient le second à jouer avec eux et Keith Rowe à Berlin. Un premier essai qui donna lieu en 2006 à Tensions, un double album publié chez Nexsound, chroniqué sur ces pages. Comme le courant est plutôt bien passé entre eux, ils ont régulièrement renouvelé l’expérience, avec notamment un concert à Vienne en décembre 2006 dans un club de jazz au nom de Porgy & Bess.
Le hasard fait parfois bizarrement les choses. Quelques jours avant le concert, Charlemagne Palestine rencontrait un parent éloigné de la famille Gershwin. Oui, la famille de George Gershwin. Or le nom de la salle, Porgy & Bess est aussi le nom d’un opéra écrit par Gershwin en 1935. Cette coïncidence inspira alors Charlemagne Palestine qui décida de lui donner un sens en incorporant dans ce concert la chanson It Ain’t Necessarily So, écrite par Ira Gershwin, sœur aînée du célèbre compositeur.
Bien sûr, on est ici bien loin de l’interprétation académique. Perlonex se situe principalement dans le registre de l’improvisation, celle-ci pouvant avoir une multitude de teintes (jazz, ambient, noise, industriel...), et Charlemagne Palestine est connu pour être une sorte de version indie et barrée du minimalisme classique d’un Philip Glass. Il s’agit ici d’un double album avec sur chaque disque les deux parties de la soirée : 44mn / 35mn + 10mn de rappel. Perlonex se situe assez souvent en retrait, produisant généralement souffles, drones, percussions et autres bruitages par manipulation d’objets. Ils créent l’ambiance, l’atmosphère dans laquelle va évoluer le piano de Charlemagne Palestine. Celui-ci se lance dans un jeu très varié, évoluant lentement tout au long des 44mn du premier set, passant de moments de tensions à des accalmies, parvenant toujours à accrocher, ou plutôt envouter l’auditeur par son jeu rapide, répétitif et grave. On constate que la collaboration entre Perlonex et Charlemagne Palestine fonctionne à merveille, les quatre artistes ayant appris à se connaitre se trouvent bien souvent en parfait accord. Finalement vient le chant, Charlemagne Palestine ne reprenant que le refrain et la mélodie de la chanson d’Ira Gerschwin, improvisant les couplets dans une langue que seul lui connaît, pour un résultat étonnant et touchant, se retrouvant ici presque a capella.
Dans le deuxième set, le jeu sera un peu plus contrasté, tout en restant dans un même esprit. C’est Charlemagne Palestine qui ouvre en solo avec un jeu très franc, très direct et mélodique, puis à plusieurs reprises il laisse Perlonex s’exprimer, à grand renfort de frottements, raclements et frétillements métalliques, sourdes percussions, construisant de très beaux moments de tension quasi industrielle dans lesquels revient s’inscrire Charlemagne Palestine. Et puis l’orage passé, c’est le quasi silence, l’Américain reprend le chant, improvisant cette fois des textes en anglais avant de s’éclipser sous les applaudissements, laissant de nouveau le champ libre à Perlonex. Le rappel, d’une dizaine de minutes est quant à lui assez différent, beaucoup plus abstrait, expérimental, restant sur des ambiances sans qu’il y soit développé de réels constructions mélodiques ou rythmiques.
Globalement une très belle collaboration qui donne envie de voir le quatuor en live, et un objet indispendable au fans de Charlemagne Palestine.
le 31/08/2009