Klaus Schulze / Lisa Gerrard

 date du concert

23/09/2009

 salle

Cigale,
Paris

 tags

Cigale / Klaus Schulze

 liens

Cigale
Klaus Schulze

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C’était un peu un évènement que ce concert à la Cigale, avec à l’affiche deux artistes aussi différents que Klaus Schulze et Lisa Gerrard. On a toujours été un peu méfiant vis à vis de cette collaboration, au point même de ne jamais y avoir prêté l’oreille. Notre seule réelle motivation à faire le déplacement ce soir, était de voir, enfin, Klaus Schulze en concert. Plus de 15 ans que l’on attendait ça, sans réellement l’attendre. On n’y croyais plus, pensant que l’Allemand ne remonterait plus sur scène, jusqu’en 2008 où un concert est annoncé à Paris. Nos espoirs s’estompent bien vite, le concert étant annulé peu de temps avant pour raison médicale.
Contre toute attente, à 62 ans, une petite tournée européenne est relancée en ce mois de septembre, cette fois avec l’ex-Dead Can Dance reconvertie à la bande originale de film (The Insider, Gladiator). On se décidera tout de même à prendre notre place après s’être assuré que Klaus Schulze ferait un set solo, mais jusqu’au dernier moment, la présence de l’Allemand était sujette à bouleversement. Après Varsovie, Berlin et Amsterdam, Klaus Schulze ne se sentant pas très bien ne se présentait pas sur scène à Essen ce mardi, laissant Lisa Gerrard assurer seule le concert. Ce mercredi, notre billet à la main, on n’était pas encore tout à fait sûr de pouvoir voir le Maitre sur scène.

Devant la Cigale, le public est logiquement éclectique, entre les vieux goths aux déguisements passés, et les fans de rock progressif de 50-60 ans, le panel est large, mais tout le monde est arrivé très tôt afin d’être idéalement placé. Arrivé tout juste à l’heure, on se retrouvera au balcon, mais bien en face de la scène grâce à l’achat d’une place en première catégorie (c’est peut-être bien la seule occasion que l’on aura de voir Klaus Schulze en concert, alors on joue le grand jeu !).
C’est vers 20h que les rideaux tentent de s’ouvrir, mais restent coincés. Au deuxième essai ce sera bon, dévoilant un mur de diodes clignotantes, cinq armoires de machines en rack dont on aura du mal à croire qu’elles sont là pour autre chose que la déco. Elles semblent en effet servir de mur délimitant le studio de Klaus Schulze qui est entièrement transposé sur scène. L’artiste est assis sur son fauteuil, console de mixage, laptop et synthés étant disposés devant lui en arc de cercle. Il prend la parole, pour nous dire qu’il ne va pas s’étendre, que ça fait trop longtemps qu’il n’a pas joué à Paris et qu’il va donc commencer de suite afin d’en profiter au maximum. L’émotion est grande, son dernier passage, dans cette même salle datant de mai 1994. Le son est étrangement faible sur cette première partie d’une trentaine de minutes divisées en trois mouvements. D’abord l’ambient abstraite qu’il a abordé sur le dernier tiers de sa carrière, en particulier le double album Royal Festival Hall qui marquait le début d’un véritable changement d’orientation, d’un réel renouvèlement appréciable même si aujourd’hui ce n’est pas le travail le plus représentatif de l’Allemand. Il enchaîne avec ce que tout le monde attendait, à savoir ses boucles hypnotiques, fines, accrocheuses, se rapprochant d’une certaine electronica que l’on peu trouver de nos jours. Finesse des sonorités, richesse et densité des boucles étincelantes, 10mn de pur bonheur, puis un retour au calme avec une ambient facile et dont on se serait passé. Épaisses nappes de claviers toutes en longueur et superposition de chœurs, on se doute que ce passage annonce la fin de la première partie et l’arrivée de Lisa Gerrard.
La première partie se termine donc au bout d’une trentaine de minutes, bien trop court pour nous, nous laissant sur notre faim.

Après une pause d’un quart d’heure, voici donc Klaus Schulze et Lisa Gerrard qui entrent en scène. Relativement peu amateur de ses travaux en solo, cela fait un petit moment que l’on n’avait pas écouté Lisa Gerrard, tandis que l’on a vu Dead Can Dance qu’une seule fois en concert, en 1996. Aussi ce fut un vrai plaisir de retrouver la voix de la diva, ses intonations si particulières. Mais cette collaboration entre les deux artistes nous a toujours parue étrange, et on se rend compte ici que leurs travaux ont du mal à fonctionner ensemble. Quand Lisa Gerrard fait du grand art comme en ce début de concert, Klaus Schulze ne joue que les accompagnateurs, et ça nous fait un peu de mal de le voir là plaquer de simples accords, strates synthétiques guère inspirés. Petit à petit les séquences électroniques prennent le pas, imposant un nouveau tempo, et c’est le jeu de Lisa Gerrard qui s’efface un peu. On ne dira pas qu’elle finit par produire de simples vocalises, mais au bout d’un moment son jeu devient assez anecdotique. Le set est certainement prévu de la sorte, mais on reconnaitra de toute façon qu’il est difficile d’être constant sur un morceau ininterrompu de près d’une heure. Sur la dernière partie de ce set, Klaus Schulze stoppe ses séquences mélodiques et revient à un style plus apaisé, laissant Lisa Gerrard reprendre timidement le dessus.
Au bout d’une heure on sera finalement content de ce concert qui proposait un juste équilibre entre les deux artistes, une alternance plaisante de deux univers différents mais dont l’enchainement fonctionnait parfaitement.

Étrangement, le public applaudit mais ces applaudissements cessent assez rapidement. La salle reste dans le noir, et finalement les applaudissements reprennent afin de demander un rappel. Klaus Schulze revient seul et nous annonce qu’il va jouer un "petit morceau" en rappel, et que peut-être, Lisa le rejoindra si ça lui plait. Il ne perd pas de temps en introduction, et nous envoie très rapidement ses boucles envoutantes, immédiatement saluées par un tonnerre d’applaudissements qui envahi la Cigale. Les rythmiques font leur apparition, puis il se lance dans une improvisation puissante au Minimoog, nerveuse, du très grand art, et exactement le genre de morceau qui vous fait réaliser que oui, Klaus Schulze est bien le père de la techno, maitrisant à merveille l’art de la transe. Un rappel d’une dizaine de minutes se terminant en douceur, et encore une fois, c’est quand les boucles électroniques cessent que Lisa Gerrard fait son apparition, mais l’Allemand ne la voit pas et termine son morceau. Lisa étant sur scène, il a l’air embêté, ils échangent quelques mots, et font un deuxième rappel ensemble que l’on jugera anecdotique, mais le départ définitif des deux artistes sera salué par une standing ovation.

Le concert était donc très plaisant, mais c’est le rappel de Klaus Schulze qui nous laissera une énorme impression. Dix minutes d’une intensité folle, et une plongée 35 ans en arrière qui nous montrera que Klaus Schulze n’a rien perdu de son panache, de son authenticité, nous procurant une envie, l’espoir de pouvoir le revoir en concert, mais si possible en solo !

Fabrice ALLARD
le 26/09/2009