Nicole Borgeat
Yan Duyvendak & Omar Ghayatt
20/11/2009 et 21/11/2009
Ménagerie de Verre,
Paris
Créé il y a un plus d’an et demi, Made in Paradise a depuis beaucoup tourné en Suisse et France, cette performance recueillant un bon succès chez un public largement appelé à y participer. De fait, le Suisse Yan Duyvendak et l’Égyptien Omar Ghayatt (aidé par la dramaturge Nicole Borgeat) ont conçu un spectacle tournant autour de l’altérité et du regard porté sur celui qui est différent de soi dans lequel c’est l’assistance qui décide du programme. Composée de onze fragments, la performance n’en présente que cinq par soir, choisis par les spectateurs au moyen d’un vote à main levée après que l’ensemble des fragments ont été brièvement présentés. Par la suite, le public sera convié à se tourner d’un côté ou de l’autre de la salle pour suivre chacun des fragments.
Comme on pouvait le pressentir, ce spectacle participatif fait montre des habituels défauts et qualités du genre. Au rang des premiers, on rangera cette forme trompeuse de démagogie conduisant à faire voter le public puis à finalement substituer tel fragment non sélectionné à l’un de ceux élus ou bien la sensation diffuse que l’ensemble baigne dans une gentille candeur, au gré des décisions de l’assistance. Mais, heureusement, les qualités sont plus nombreuses, le spectacle redéfinissant notamment l’espace scénique, voire la notion même de théâtre et de performance (le côté work in progress permanent, de nouveaux fragments étant rajoutés semaine après semaine).
Sur le fond, chaque fragment tente de tirer les conséquences du 11 septembre et du changement que l’événement a provoqué dans les rapports musulmans-occidentaux. Mettant à nu nos préjugés, renvoyant le public à sa méconnaissance de l’islam (dans l’un des fragments, les performeurs se taisent et laissent, pendant 10 minutes, les spectateurs dire tout ce qu’ils savent - ou en vérité ce qu’ils ne savent pas - de cette religion), Made in Paradise veut combattre clichés et présupposés. À ce titre, l’un des fragments voit Omar Ghayatt retracer son apprentissage sexuel, entre appréhension et politique des petits pas, alors que l’imagerie traditionnelle aurait plutôt tendance à montrer un point de vue féminin et laisser penser que les hommes rivalisent de fanfaronnades sur ce thème. De même, le fragment « Action » travaille la représentation de l’homme musulman en montrant bout à bout des séquences tirées du Aladdin de Disney, d’un James Bond, d’un Indiana Jones ou d’un épisode de 24 dans lesquelles scènes de torture et de combats montrent l’oriental comme nécessairement vil et malfaisant. Humour et distance sont donc constamment présents dans un spectacle revigorant et séduisant.
Autres dates :
– 15 et 16 janvier 2010 : Théâtre d’Arles
– 19 et 20 janvier 2010 : Lieu Unique - Nantes
– 28 et 29 janvier 2010 : Scène nationale – Petit-Quevilly
le 02/12/2009