A Factory Night (and then again) : The Names / The Wake / Biting Tongues / Section 25 / A Certain Ratio

 date du concert

12/12/2009

 salle

Plan K,
Bruxelles

 tags

A Certain Ratio / Factory Records / Plan K / Section 25 / The Names

 liens

Section 25
The Names
Factory Records
A Certain Ratio

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Deux ans après la première "nouvelle" Factory Night, dont on a parlé ici et qui, au même endroit, avait fait salle comble, les organisateurs - que l’on félicitera de leur dévouement et de leur juste passion - remettent le couvert et nous proposent une affiche encore plus alléchante. C’est dès lors avec surprise et regrets, empreints de commisération pour lesdits organisateurs, que l’on constatera au fil de la soirée que le public n’est pas aussi nombreux qu’en 2007 à avoir répondu présent, ce que l’on s’explique mal. On n’ose craindre que les conséquences financières de cette (relative) désaffection hypothéqueront une troisième édition que l’on appelle ardemment de nos voeux. Il reste le plaisir, un brin égoïste convenons-en, d’avoir assisté dans d’excellentes conditions - n’était le son globalement trop fort et la présence fâcheuse de quelques hurluberlus braillards - à une grand-messe musicale pour happy few, encensant un style, et au-delà une époque, dont nous sommes tant à être les enfants admiratifs.

En conclusion de notre compte-rendu de la première édition, nous écrivions que "ce fut très certainement à la soirée musicale de l’année que nous avons pris part. Une découverte essentielle, une confirmation attendue, une ambiance empreinte de dévotion enjouée, la mémoire éternelle d’une aventure musicale et humaine hors du commun". Il nous plaît de constater que ces mots s’appliquent exactement à l’excellente soirée que nous avons une nouvelle fois vécue, à ceci près que la découverte essentielle est désormais The Wake et la confirmation attendue The Names.

Ces derniers, dont la prestation de 2007 a fait l’objet d’un DVD et qui ont sorti cette année un nouvel album, Monsters Next Door, sur le label français Str8line, nous ont offert un set ramassé d’une quarantaine de minutes enregistré pour une future sortie en CD et à l’occasion duquel le groupe bruxellois était accompagné d’un trio de cordes donnant une nouvelle dimension, encore plus mystérieusement mélodique, aux compositions sans faille que sont notamment Nightshift, Shanghai Gestures ou Calcutta. Si la surprise n’est plus au rendez-vous, le charme opère indéniablement et nous nous rangeons décidément parmi les aficionados du groupe.

La découverte, majeure, viendra ensuite avec The Wake, quatuor écossais qui jette un pont parfait entre les univers de Factory et de Sarah Records, leurs deux labels successifs. Déployant une pop calme et éthérée, combinant mélodies de guitare et nappes de synthé sur une très bonne section rythmique, le tout mené par la voix impeccable de Caesar, à l’accent écossais à peine retenu, ils nous ont enchanté avec des perles comme Talk About The Past ou Recovery, pour ne citer qu’elles. Démontrant le détachement lucide et raffiné des gens du nord, au moyen d’une lead guitar claire et limpide, The Wake nous a proprement enthousiasmé et figurera désormais en bonne place dans notre galaxie personnelle de cette époque et d’aujourd’hui.

Vinrent ensuite Biting Tongues, soit Ken Hollings, chanteur très expressif et habité, Graham Massey "of 808 State fame" et le très présent saxophoniste Howard Walmsley. C’est nettement plus brut, rauque et dépoli, presque tribal parfois, quasiment inclassable mais éminemment anglais (à l’image, peut-être, d’un Gang of Four). Excursions instrumentales, scansions vocales, sorte d’urgence revendicative à relents politico-sociaux, leur funk des bas-fonds urbains, intriguant et très personnel, séduit sans toutefois toucher en profondeur.

Les deux derniers hérauts de la soirée font figure de stars de la scène mise à l’honneur. Section 25, tout d’abord, déjà présents il y a deux ans avec un set globalement plus accrocheur. Rythmique très (trop) vrombissante, ils sont semblables à eux-mêmes, et l’on peut regretter que leurs compositions, quoique très plaisantes, soient un peu dépourvues, en live, de la finesse d’ornementation, notamment électronique, qui en font le sel sur disque. Et surtout, on s’autorisera à déplorer que Larry Cassidy, lead singer historique du combo, semble aujourd’hui bien décati... au point de quasiment lire les paroles des chansons, disposées sur un lutrin, ce qui ne fait tout de même pas très sérieux. Il fallait bien faire une pause au cours de ce marathon : nous choisirons le dernier tiers de leur set, après l’évidemment jouissif Looking from a Hilltop, pour nous reposer devant une sélection de photos d’époque de Kevin Cummins, réunies avec de nombreux textes et interviews dans l’ouvrage Manchester. Looking for the Light through the Pouring Rain, qui vient de paraître et se doit de figurer dans la bibliothèque de tout amateur de cette ère essentielle.

On revient pour ce qui constituait le clou de la soirée, à savoir A Certain Ratio, que nous n’avions jamais eu l’occasion d’applaudir jusqu’ici. Pareil à lui-même, le quintet a excellemment officié, délivrant un set d’une heure bien tenu, centré sur une basse très funk, avec classe et sobriété. Le tube Shack Up, que tout le monde attendait, est finalement très emblématique de ce funk blanc urbain, rythmé avec soin et insistance. C’est percutant mais retenu, nullement outrancier ; ça s’envole parfois, c’est un peu rèche à d’autres moments, mais une chose est sûre, cette définition du funk mancunien, quoiqu’un brin répétitive, est très jouissive.

Nous quitterons les lieux sur le coup de 2h30, peu après le début du "set" (au laptop, dans le fond de la scène) de Graham Massey, sans attendre - tant en raison des deux heures de retard qu’a pris le programme, vraisemblablement à cause d’un soundcheck tardif, que du culte que nous vouons à leurs modèles - la prestation de Re:Order, mais non sans nous être attardé aux stands, en particulier celui de l’indispensable label Les Temps Modernes, afin de compléter notre collection de ces inestimables joyaux, à commencer par ceux de The Wake.

Les derniers mots seront les mêmes qu’il y a deux ans : Long live Factory... et jamais deux sans trois, nous l’espérons.

Gilles Genicot
le 17/12/2009

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