(Sending Orbs / Import)
30/11/2009
Electronique

Un nouveau venu dans l’écurie Sending Orbs, dont nous répétons ici au fil des sorties tout le bien que nous en pensons, cela ne saurait passer inaperçu. Et ce d’autant moins lorsqu’il s’agit d’un artiste important issu de l’inépuisable scène électronique allemande, qui a su prouver, au fil de ses productions, un grand talent en matière de nappes soyeuses, de beats subtils et de mélodies délicates. Markus Guentner n’est en effet pas un nouveau venu, et il était grand temps qu’il soit évoqué dans ces pages ; cette nouvelle sortie du label néerlandais en offre, en 9 morceaux totalisant 71 minutes, l’occasion idéale.
Si Angelpunkt, le morceau d’ouverture, navigue agréablement en terrain connu, on entre véritablement dans le vif du sujet avec Das Haus steht leer, qui nous enveloppe dans une gangue cotonneuse dont nous ne sortirons - à regret - qu’au bout de plus d’une heure avec le très paisible Toter Hafen. Disque parfait pour les nuits hivernales, Doppelgaenger se rapproche, dans la production de son auteur, à l’évidence plus de l’excellent In Moll, paru sur Kompakt en 2001, que de ses excursions nettement plus rythmées mais tout aussi brillantes, sorties principalement chez Ware (dont, par exemple, le très recommandable Lovely Society en 2006). Nous flottons dans un registre à prédominance parfaitement ambient, fait de souffles et de chapelets itératifs souples et amples (Doppelgaenger, Niederwald), en un flux et reflux maîtrisé à la perfection (Flimmerfrequenz, Asphaltwiese). Les rythmes ne sont toutefois pas complètement délaissés : nous plongeant d’abord presque en état d’hypnose, maritime ou céleste, Dreiglanz introduit un beat métronomique raffiné, ponctuant à mi-course ce voyage au pays des nappes ; dans le même esprit, Meer der Luegen, morceau le plus long de l’album et l’une de ses pierres d’angle, alterne d’une façon optimale ces deux approches.
Tout ceci évoque assez nettement l’univers d’un compatriote incontournable, Wolfgang Voigt aka Gas, dont les quatre albums parus à ce jour ont été réunis l’an dernier par Kompakt dans un indispensable coffret, Nah und Fern - sans parler des illustres ancêtres du son germanique planant, à commencer par Klaus Schulze, qui n’est pas bien loin au rayon des présences tutélaires. Autrement dit, comme le suggère à très bon escient la notice de présentation du disque, "d’infinies vagues de pas feutrés, de motifs synthétiques et de drones, qui s’installent dans votre cerveau et vous observent attentivement tandis que votre esprit s’évade, erre, flâne, vagabonde"... Porte d’entrée parfaite vers le versant apaisé des productions de son auteur - ce qui ne doit pas conduire à négliger ses travaux minimal techno -, voici, en un mot comme un cent, une nouvelle bande-son parfaite pour pérégrinations intimes, qui convaincra tous ceux dont le si riche versant ambient du son minimal fait chavirer les oreilles.
le 08/01/2010