du 18/10/2009 au 07/02/2010
Domaine départemental de Chamarande,
Chamarande
Au moment où on passe la grille d’entrée du Domaine de Chamarande, on se souvient immédiatement de l’exposition de Philippe Ramette, vue ici même il y a deux ans. Tout d’abord, parce que nous n’étions pas retournés dans ce lieu depuis et ensuite, parce que l’échelle de 14 mètres, appuyée contre l’arrière du château que l’artiste avait spécialement créée pour l’occasion, est toujours là et a su trouver sa place dans ce parc qui accueille en permanence une vingtaine d’œuvres contemporaines. Mais nous n’étions pas venus pour ressasser des souvenirs, plutôt pour découvrir l’annuelle monographie consacrée par le centre d’art à un créateur français. Après Philippe Ramette, donc, et Delphine Coindet, c’est au tour d’Hugues Reip d’investir le château et plus précisément l’intégralité de son rez-de-chaussée.
Plusieurs des pièces présentées ont d’ailleurs été conçues spécialement pour le lieu, et lui font très directement écho, à l’image de la peinture HR où Reip dialogue avec Hubert Robert, peintre du XVIIIe siècle qui a représenté Chamarande. De même, la grande branche d’arbre occupant l’entrée du château et sur laquelle trône une chenille grossie deux fois par rapport à sa taille réelle (Suspens) a été récupérée dans le parc. Cette liaison opérée entre l’intérieur et l’extérieur, voire entre le contenu et le contenant, trouve sa prolongation dans Mushbook, petite réalisation où de faux champignons hallucinogènes sont piqués dans les pages du Nova Express de William S. Burroughs.
Sans suivre complètement la trajectoire de l’écrivain états-unien, Reip veut également créer un imaginaire fort et mettre ensuite celui-ci en situation. Dans cette optique, il peut installer un petit décor de théâtre (The Stage) ou mettre en vitrine des petites fleurs censées figurer une forêt d’arbres dans un paysage lunaire (Parallel World). La dimension assez « bricolée » de l’ensemble de ces travaux, peu démonstratifs, élaborés avec peu de moyens, amène le Français à rejoindre pour ses films (Fantaisie et La Tempête), l’esthétique développée par Georges Méliès : décors faits de simples dessins, mouvements nés de la superposition de cartons…
Dans la continuité de son appropriation du lieu, Hugues Reip s’attache particulièrement à la nature, mais va régulièrement au-delà de sa simple représentation (sauf dans des dessins légèrement fantasmagoriques et peu convaincants). Partant, il choisit d’agrandir un bec de toucan (Toc ou des organes floraux (Les Pistils), de changer les matières et matériaux (du polystyrène est utilisé pour représenter ces organes floraux), de se pencher sur des formes étranges (Fourth Upside-Down Tree avec ses racines au sommet) ou de coller sur des supports des photos de roches (Les Cailloux). Apparaît alors un jeu sur la perception du regard dans lequel 2D et 3D se confondent, où des objets sur tiges métalliques semblent être de grandes fleurs (Infra-Boom) et la série Les Miroirs et ses impressions numériques sur adhésif transparent laissent entrevoir des formes quasi-spectrales.
le 02/02/2010