du 18/01/2010 au 25/04/2010
Maison de la Culture d’Amiens,
Amiens
Bertrand Gauguet / Jan Kopp / Maison de la Culture d’Amiens / Marcel Dinahet / Yannis Kyriakides
Fruit d’un travail entre l’Université de Picardie et une trentaine d’artistes internationaux, Suspended Spaces veut se faire l’écho d’un conflit qui dure depuis près de quarante ans : ville-symbole de la partition de Chypre, Famagouste voit son accès interdit par l’armée turque et l’un de ses quartiers, Varosha, a de ce fait été abandonné par ses habitants. Ville fantôme, Famagouste a donc interpellé universitaires et créateurs mais, malheureusement, la bonne conscience politique se manifeste trop souvent par des vidéos avec plans fixes à foison (comme s’il fallait nécessairement passer par la contemplation pour que le spectateur se rende bien compte de la situation) : orée de forêt chez Nasan Tur, maisons abandonnées pour Françoise Parfait et Antoine Boutet.
Précisément, plusieurs artistes font le choix de s’attacher à des bâtiments, métonymies classiques mais efficaces pour évoquer les difficultés d’une ville tout entière. Ainsi en est-il de la vidéo animée de Jan Kopp, de la Chambre qui chute de Denis Pondruel (grande feuille de polystyrène qui vient se briser sur des petits tubes d’acier comme ceux que l’on trouve sur ces toits d’immeubles non terminés) ou de la construction de Christophe Viart malicieusement intitulée No diving or jumping, qui pourrait être aussi bien une cabane de maître-nageur qu’un inquiétant mirador (d’autant plus qu’elle est disposée le long de la balustrade de l’étage de la Maison de la Culture, surplombant ainsi son hall).
Comme on l’a souligné, certains artistes privilégient une démarche assez pesante et lourdement explicative (Blind Song, installation sonore et vidéo de Bertrand Gauguet et Christian Barani) tandis que d’autres optent pour une approche plus décalée et, en définitive, plus pertinente. La plage filmée en panoramique par Lia Lapithi n’interpelle pas, au premier abord, mais, à la fin du panotage, une autruche apparaît en surimpression, s’aventure sur le sable et vient mettre un peu d’absurde sur des images de no man’s land. Pareillement, le littoral filmé à fleur d’eau par Marcel Dinahet donne l’impression, avec un procédé tout simple, que les immeubles s’engloutissent progressivement.
Dans cette même perspective, la dénonciation de la situation politique se fait en réalité plus forte quand la démarche artistique se fait plus épurée. Pravdoliub Ivanov y réussit particulièrement avec deux créations : Stairs of Innocent, installation où sont disposées, comme des barreaux d’échelle jusqu’en haut de la cimaise, des feuilles de papier dont on s’aperçoit en s’approchant qu’il s’agit de la reproduction des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU relatives à Chypre, et Loaded, ensemble de valises évidées placées dans le hall d’accueil. Alors qu’Ivanov se penche donc sur l’incapacité de la communauté internationale à résoudre la crise chypriote et ses conséquences pour les insulaires, Yannis Kyriakides (dont ces pages apprécient grandement les travaux discographiques) réalise une belle installation sonore et lumineuse pour dire l’émigration. Dans une pièce parée de noir, quatre projecteurs bleus pointent vers le centre et des murmures se font entendre : entre souvenir des traces laissées par les habitants de Famagouste et sentiment d’être épié, le spectateur peut alors percevoir une partie de l’expérience vécue par les Chypriotes.
le 27/03/2010