(Editions Mego / La Baleine)
02/10/2009
Electronique

Ambient / Bruce Gilbert / Editions Mego / Expérimental / Wire
Il est vrai que l’on ne suit pas assidument la carrière de l’ex-Wire, et on n’avait du coup aucune nouvelle de Bruce Gilbert depuis l’album In Esse paru en 1997 chez Mute. Ceux qui souhaiteraient rattraper le retard se pencheront peut-être sur un 12" paru sur le label finlandais Sähkö Recordings ou le dernier album en date, Ordier publié en 2004 chez Table of the Elements.
Sur le coup, c’est presque une surprise de trouver Bruce Gilbert chez Editions Mego, mais celle-ci est peut-être uniquement due au fait de retrouver cette figure culte, avant tout guitariste, qui doit avoir 40 ans d’activité artistique, sur un label de jeunes expérimentateurs fous du laptop. Il y a toutefois là une certaine cohérence, Bruce Gilbert étant le plus expérimentateur de l’ex-quatuor, avec un certain gout pour le bruitisme.
Ce nouvel album est composé de 3 plages. Deux morceaux de 4-5mn forment une ouverture et une conclusion, abritant un long développement de près de 26mn. Bruce Gilbert donne l’impression de cacher son jeu avec pour commencer le morceau-titre composé d’une nappe vibrante et de ronronnements lointains, l’ensemble bien qu’en mouvement perpétuel donnant une impression d’immobilité et de linéarité. Moins extrême, Isopyre partage quelques points communs de part sa construction répétitive, cette fois à base de nappes bouillonnantes et glissements de souffles chuintants pour une atmosphère plus sombre, ou en tout cas moins neutre que sur Oblivio Agitatum.
Mais la pièce maitresse de l’album est bel et bien Zeroes. Une ambient particulièrement sombre, dominée par des drones oscillants et ronronnements menaçants, et habitée par une multitudes de petits bruitages organiques pouvant faire penser à des insectes ou charognards tournant au dessus de leur proie. L’anglais joue énormément sur la résonance de ses sonorités, des coups sourds d’origine sous-marine, puis profite d’une légère accalmie pour nous dévoiler le bijou. En effet l’auditeur qui saura braver ces univers sombres et angoissants se verra récompensé par l’arrivée de nappes ambient glacées d’une beauté infinie, pleines de douceur, toujours riches et habitées, que l’on aurait aimé voir se prolonger encore et encore.
Après tant d’années d’absence, c’est avec un réel enthousiasme que l’on accueille ce nouvel album de Bruce Gilbert. Ce sera très certainement l’occasion de le découvrir pour certains, de revenir sur ses travaux solos des années 80 pour d’autres, Oblivio Agitatum partageant avec ceux-ci la même réussite tout comme le confirme Editions Mego avec leur récente réédition de This Way datant de 1984.
le 22/03/2010