du 16/01/2010 au 25/04/2010
Wiels,
Bruxelles
Encensée de toute part, la rétrospective que le Wiels consacre à Félix González-Torres veut en effet appréhender largement la trajectoire de l’artiste décédé en 1996 des suites du SIDA. On sait que la mort a très tôt marqué son travail, au-delà même de la maladie qui le frappait, et sa présence au sein de l’exposition DEADLINE tenue au Musée d’art moderne de la ville de Paris à l’automne dernier en témoignait. Répartie sur trois niveaux de la structure bruxelloise, cette monographie présente la particularité de se dérouler en deux temps : pendant six semaines, elle est mise en espace par la commissaire d’exposition Elena Filipovic, avant d’être réinstallée par l’artiste Danh Vo pour les six dernières semaines de présentation (ce schéma sera d’ailleurs repris, avec Carol Bove et Tino Sehgal, lors des passages respectifs à Bâle et Francfort de ce Specific Objects Without Specific Forms).
Si l’idée de réinstaller une exposition au milieu de sa durée de présentation est tout à fait louable et séduisante, on peut cependant déplorer qu’elle s’accompagne d’une réduction du nombre d’œuvres montrées (dix-sept contre quarante-six dans la « version Filipovic »), renforçant l’impression ressentie à chaque venue au Wiels d’une sous-utilisation regrettable de tous ses espaces. Néanmoins, on peut aussi objecter que ces grandes salles quasi-vides renvoient indirectement à l’absence laissée par le décès de l’artiste. Afin de passer d’une pièce très sombre juste éclairée par une de ces fameuses guirlandes d’ampoules (Untitled (Summer)) à un espace ultra-lumineux grâce aux larges baies vitrées donnant sur l’extérieur, le spectateur est tenu d’écarter un rideau de perles (Untitled (Beginning)). Métaphore évidente du passage de vie au trépas, on le traverse en se demandant si l’espace sombre représente la mort et l’autre la vie, ou l’inverse.
Comme des stations d’une vie trop courte et trop sinueuse, les serpentins d’ampoules (Untitled (For Stockholm)) évoquent ces jours qu’il faudrait à tout prix retenir ou marquer, non d’une pierre blanche mais d’une ampoule allumée. Cette idée de repères, de dates-clés, se retrouve avec la chronologie murale inscrite en haut du mur de la salle Panorama, située au dernier étage du Wiels. Si celle-ci surplombe la ville, les oiseaux pris en photo par González-Torres sont eux aussi en plein vol, mais leur solitude extrême, le noir et blanc du cliché et l’immensité des photographies reproduites à même le mur, fait plutôt naître un sentiment de désœuvrement que de liberté.
Dans un geste mi-politique, mi-commémoratif, l’artiste avait pour habitude de proposer librement au public des tirages de ses travaux photos (en feuilles, en livret 12 pages ou en puzzle), des pages blanches immaculées (ou les célèbres bonbons argentés, présents lors de la première mouture de l’exposition, mais absents de la seconde). Résonance de son corps en décrépitude (comme les piles de feuilles se réduisant comme peau de chagrin), cette démarche peut également se lire comme une critique de ces musées et centres d’art dans lesquels les boutiques de produits dérivés prennent parfois plus de place que les espaces d’exposition eux-mêmes. Nous toucher et nous émouvoir intensément, tout en gardant présent à l’esprit une démarche plus militante, voici ce que Félix González-Torres réussit à faire, y compris par-delà la mort.
Itinérance de l’exposition :
– du 21/05/2010 au 29/08/2010 : Fondation Beyeler - Bâle
– du 28/01/2011 au 25/04/2011 : Musée d’art moderne - Francfort
le 12/04/2010