Guy Zilberstein
Anne Kessler
du 24/03/2010 au 30/04/2010
Théâtre du Vieux-Colombier,
Paris
Le monde des arts plastiques a souvent inspiré les dramaturges contemporains. C’est au tour de Guy Zilberstein de s’y frotter avec Les Naufragés, pièce noire classique (vingt-quatre heures autour d’une vente aux enchères au bar d’un grand hôtel de la côte normande) réunissant, outre le barman, un galeriste, un commissaire-priseur, un journaliste et les compagnes de ces deux derniers. Alors que la vente qui s’annonce doit couronner le succès du galeriste, tout le monde redoute que le peintre, auteur des toiles objets de la vente, ne surgisse et détruise des œuvres qu’il a depuis reniées.
Avec ce beau matériau de départ et les réflexions qu’il peut susciter sur le statut de l’artiste et de ses créations (lui appartiennent-elles encore une fois passées du côté du marché ? le créateur cède-t-il tous ses droits à son galeriste ?), on pouvait espérer un résultat extrêmement probant. Malheureusement, l’auteur ne parvient pas entièrement à répondre à nos attentes, en raison principalement d’une langue pas toujours au niveau de son argument. Entre jeux de mots faciles (« commissaire-priseur très prisé », « tel un curé bien en chair/vous allez monter en chaire/pour procéder aux enchères ») que le fait d’être prononcés par un personnage ivre n’excuse pas complètement et métaphores trop appuyées reliant naufragés d’un bateau et personnages en quête d’eux-mêmes, le texte semble avoir presque peur de se saisir véritablement de son sujet. En négatif, quand il le fait et que se ressent, par exemple, le plaisir gouleyant de la référence littéraire et picturale mise dans la bouche des personnages, on tient quelque chose de nettement plus pertinent.
De surcroît, la fragmentation de la pièce en scènes assez courtes, séparées par un noir sec systématiquement accompagné du bruit de vagues, empêche au récit de prendre une ampleur suffisante même si la dimension policière accroche raisonnablement. Côté personnages, les deux femmes peinent à convaincre, le barman, dans une perspective éculée, commente l’action et le journaliste, rédacteur dans un magazine spécialisé, ne sait même pas ce qu’est une vente à la bougie. Reste néanmoins ce qui constitue probablement le clou du spectacle : le rôle du galeriste et la performance de son interprète, Éric Génovèse. À la fois cynique et arrogant, arborant un teint cireux quasi-cadavérique (notamment souligné lorsqu’il conte son histoire intime, assis sur une chaise côté cour et éclairé par une douche) tout en étant particulièrement représentatif de son époque, le comédien brille et justifierait presqu’à lui seul le déplacement au Vieux-Colombier.
le 13/04/2010