du 19/03/2010 au 09/05/2010
Confort Moderne,
Poitiers
Entre journal extime et tentation nostalgique, Georgina Starr dévoile au Confort moderne une grande part de tous les enregistrements qu’elle a pu faire depuis l’âge de cinq ans. En effet, cette plasticienne britannique a toujours eu le goût de garder trace de chacune de ses expériences (conversations, morceaux diffusés à la radio, sifflements, lectures de lettres, bruits divers…) et a voulu les graver, un peu sur cassette, mais surtout sur disque.
Mais ce n’est nullement l’aspect fétichiste de l’étalage de vinyles-madeleines qui intéresse Georgina Starr et on est ici très loin de l’accrochage plat et longuet qu’on a pu voir il y a quelques semaines à la Maison Rouge (et qu’on n’avait pas évoqué en ces pages, n’en ayant pas grand-chose à dire). De fait, l’Anglaise préfère développer, par le biais de ces disques, une vraie réflexion sur le souvenir et la manière dont la musique construit l’identité. Dans cette perspective, elle ne se limite pas à compiler mais elle tend vers une véritable réappropriation, soit des vinyles (réalisation de pochettes - Static Steps 1-6 - ou de centres de disques à la gouache), soit des artistes (elle a correspondu, par écrit, avec Ronnie Ronalde, célèbre « siffleur »), soit de la musique elle-même : morceaux sifflés et enregistrés sur 12" (Yesterday par exemple) ou regroupement de quarante tubes de son enfance joués en même temps et gravés ainsi sur LP (Top 40 On Fire).
Naturellement attachée à l’objet-disque (on a mentionné les pochettes faites à la main), sachant bien, en disciple éloignée de McLuhan, que medium et contenu sont liés, Georgina Starr s’est aussi penchée sur les locked grooves et en a fait le cœur d’une de ses dernières créations. I Am The Medium prend pour point de départ son attrait pour le spiritisme afin de sélectionner 250 boucles issues de séances avec un médium et de les presser, en 250 sillons fermés donc, sur un vinyle enrobé d’une pochette où mains noires et blanches forment une sorte d’écrin mystique. Même penchant pour l’étrange avec le travail de recherche qu’elle a effectué autour de la figure de Theda Bara, grande figure du cinéma muet à laquelle une salle de l’exposition est consacrée. Mais l’ambiance mortifère de celle-ci (robes, souvenirs, objets et extraits de films), soulignée par le noir des murs et de la moquette, contraste trop fortement avec le blanc de la salle principale, ses cimaises et vitrines vers lesquelles on préfère se rediriger.
le 03/05/2010