Perrine Valli
19/05/2010
Centre Culturel Suisse,
Paris
Créée la saison passée, Je pense comme une fille enlève sa robe s’inscrit dans la lignée de ces récents créations artistiques et travaux universitaires qui se sont intéressés à la question de la prostitution, au-delà des représentations misérabilistes qui étaient trop souvent privilégiées autrefois. Avec son titre emprunté à Georges Bataille, cette proposition ambitionne en effet de partir de ce sujet sociétal et de le confronter aux préoccupations chorégraphiques de la franco-suisse Perrine Valli (qui avait, gage de qualité, convié Colleen à réaliser la bande-son de l’une de ses précédentes créations).
Dans cette perspective, le spectacle débute avec un solo allongé sur une table (faisant aussi bien office de lit que d’espace clos) sur laquelle la jeune femme va se mouvoir, à la fois libre et engoncée, avec des gestes circonscrits par cette table mais empreints d’une belle grâce. Une comparse apparaît alors (même tenue sombre, même coupe de cheveux, même maquillage extrêmement léger) et se met à reproduire les mêmes gestes, mais au sol, jusqu’à se retrouver sous la table. La suite du spectacle les verra évoluer moins schématiquement, s’habillant et se déshabillant régulièrement et intervertissant leurs personnages. Jennifer Bonn démontrera également qu’elle est initialement créatrice sonore en se mettant au micro pour interpréter des textes subjectifs : « quand ton travail est terminé/et tu es vide/et je suis pleine de ton vide/couchée sur le sol qui avant était terre/et qui maintenant n’est que boue/quelques billets froissés serrés dans ma main/avec lesquels je suis sensée sécher mes larmes déjà taries depuis longtemps ».
Plastiquement, l’ensemble est accompagné d’un décollage progressif de bandes adhésives noires scotchées au sol, qui permet de découvrir au fur et à mesure des pointillés blancs, entre nouveaux moyens de délimiter l’espace et tracés métaphoriques des trottoirs arpentés par les prostituées, tandis que résonnent ces bruits de rue qu’elles doivent supporter toute la journée (moteurs, pas, souffle venteux). Sur le mur du fond, la vidéo apporte une touche plus légère, à l’image de ce portique scintillant d’étoiles dans lequel les deux jeunes femmes s’inscrivent et se déhanchent. Plus tard, toujours en vidéo, une séquence permet de faire apparaître les clients, mais ceux-ci sont réduits à de minuscules personnages de frise qui courent sur le corps dénudé jusqu’à être avalés par la bouche de la chorégraphe.
Réussissant de la sorte à laisser de côté toute dimension érotique ou pornographique sans pour autant verser dans une crudité clinique malaisante, Perrine Valli nous laisse ainsi en mémoire quelques magnifiques tableaux et une belle sobriété dont la vidéo ci-dessous peut en partie témoigner :
Autres dates :
– 25 septembre 2010 : Mains d’Œuvres - Saint-Ouen
– octobre 2010 : Sudpöl - Lucerne
– du 18 au 20 novembre 2010 : Maison de la Danse - Lyon
le 03/06/2010