19/05/2010
Le Poisson Rouge,
New-York
Seul concert réellement prévu de notre séjour new-yorkais, Eluvium qui fait l’objet d’éloges sur ces pages à propos de ses albums, mais nous n’avions jusque là jamais eu l’occasion de le voir en live. Il passait au Poisson Rouge, l’une des salles les plus excitantes de New-York pour tout amateur des musiques dont nous parlons ici avec notamment Matmos, Fuck Buttons, Oneohtrix Point Never ou encore Rafael Anton Irisarri sur les quelques jours qui suivaient notre séjour.
Classique videur a l’entrée, contrôle du ticket, on passe devant l’aquarium suspendu rempli de poissons, puis on descend en passant devant l’immense stand où t-shirts et intégrale de la discographie d’Eluvium sont en vente. On entre ensuite dans l’immense et classieuse salle, ce soir en configuration cabaret, tables et chaises perpendiculaires a la scène. Quelques spectateurs attendent déjà mais il n’y a pas foule.
Il est a peine plus de 20h, et le temps de commander un verre aura suffit pour voir Clarice Jensen arriver sur scène. Une inattendue (non annoncée) et étonnante première partie avec cette jeune femme, directrice artistique de l’American Contemporary Music Ensemble, seule sur scène avec son violoncelle, qui jouera dans un registre extrêmement classique, trop classique en fait pour vraiment faire l’objet d’une chronique sur ces pages. On apprendra plus tard que Le Poisson Rouge fait régulièrement le lien entre programmation expérimentale et nouvelle génération de compositeurs, nous en avions là un exemple concret.
Une quinzaine de minutes de break, le temps pour Julianna Barwick d’installer son matériel, et voici le deuxième set. Il s’agissait là d’une parfaite première partie pour Eluvium, d’une belle introduction ambient. La jeune femme originaire de Brooklyn est debout derrière un pupitre recouvert de machines lui permettant en particulier de créer des boucles et d’appliquer des effets. Sa principale source sonore est sa voix, fredonnant quelques vocalises qu’elle transforme rapidement en de véritables chœurs éthérés, superposés à l’infini. L’américaine possède une superbe voix, douce, que les effets ne font qu’enjoliver. Ça fonctionne donc à merveille auprès des amateurs du genre, et on pensera assez souvent aux Cocteau Twins avec ce mélange de reverb et d’abstraction vocale.
Le petit point faible réside dans la répétition assez systématique, au sein de morceaux plutôt longs (on frôle bien souvent les 10mn), mais aussi sur la durée du concert qui au bout d’un moment nous fait un peu penser à une même recette appliquée sur des variations vocales. Quelques sifflements viennent parfois renouveler le registre sonore, puis elle enchainera avec un titre entièrement interprété à la guitare, très appliqué et sortant du lot de part son épure et sa courte durée. Elle reviendra à la voix histoire de confirmer qu’il s’agit là de son domaine de prédilection, et on repartira tout de même conquis avec ses deux CD puisqu’étaient en vente un album datant de 2006 et son récent EP Florine, tous deux sortis par ses propres moyens !
Dix minutes de pause et on enchaine avec la tête d’affiche de la soirée, soit Eluvium. Matthew Cooper arrive seul sur scène, assis derrière une petite table sur laquelle sont disposées diverses machines. Il est principalement à la guitare, délivrant une petite mélodie, douce et répétitive qui viendra s’enrichir d’une lente montée de nappe oscillante. Celle-ci finit par recouvrir la mélodie de guitare, se faisant plus dense, plus riche, se rapprochant alors d’une texture bruitiste. C’est à se moment que deux autres musiciens se lanceront sur scène, accompagnant Matt pour un retour au calme.
La suite du concert se déroulera principalement sous forme de trio, alternant entre les différents styles abordés sur disque par Eluvium. On sera alors un peu gêné par se live sous forme de compilation, sans réelle construction, passant d’un titre chanté sur abstractions mélodiques à une pièce au piano lorgnant vers le néoclassique en passant par une électro-pop aux rythmiques binaires et tintements mélodiques de piano. On passe ainsi rapidement d’une certaine mélancolie à des tempos plus enjoués, même si sur la longueur l’ambiance générale restait portée sur une certaine douceur.
Durée variables d’un morceau à l’autre mais le concert terminera un peu comme il avait commencé : Matt débute au chant d’une voix douce et lente mélodie de guitare, avant que ses comparses ne viennent ajouter bruitages et effets les menant vers un final intense, tendu, bruitiste, les trois artistes quittant alors la scène en laissant tourner leurs machines... Classique.
Petite déception donc que ce concert avec un artiste dont on préfèrera finalement la veine néoclassique plutôt que sa pop douce ou ses expérimentations qui nous paraîtront mal assurées. On ne regrettera tout de même pas notre déplacement puisque l’on aura découvert Julianna Barwick dont on essayera de suivre les productions.
le 28/05/2010