02/06/2010
Géode,
Paris
Si le Festival Villette Sonique n’est pas celui qui rentre le plus dans notre ligne éditoriale, sa programmation éclectique fait qu’il y a toujours une ou deux dates susceptibles de nous intéresser. Cette année notre choix se portait sur cette soirée à La Géode dans un cadre plutôt exceptionnel pour un concert, avec la nouvelle star des synthés, Oneohtrix Point Never que nous avions raté aux Instants quelques mois plus tôt et Manuel Göttsching, véritable vétéran d’une scène prog-kraut germanique.
Ouverture de la salle vers 21h, et premier concert à 21h30 dans une salle qui n’affichait pas complet mais qui était toutefois bien remplie. L’éclectisme du public reflétait à merveille le choc des générations présent sur scène, entre jeunes amateurs de sensations nouvelles et vieux hippies qui sont à la fête depuis quelques temps puisqu’en un an nous aurons eu droit aux concerts parisiens de Klaus Schulze, Tangerine Dream et donc Manuel Göttsching.
Oneohtrix Point Never est le projet solo de Daniel Lopatin, basé à New-York et actuellement en concert un peu partout à travers le monde depuis que la presse musicale s’est emballée pour son projet. De notre côté on venait voir ce que pouvait donner en live ce projet dont nous n’avions écouté que quelques titres sur son MySpace, loin d’être convaincu par la chose. Quitte à jouer à La Géode, autant profiter pleinement du lieu et pour cela Daniel Lopatin avait choisi le film Origine océan pour habiller la voute de la salle. Ca tombe plutôt bien, il n’y a pas grand chose à voir sur scène, le jeune homme étant assis derrière ses claviers. Il mêle des bruitages variés à l’origine d’une certaine abstraction, et des nappes synthétiques aux contours flous, pouvant faire penser aux travaux de Boards of Canada, allant et venant, entre douceur et tension. On sera assez surpris par les comparaisons avec Tangerine Dream, comparaisons dont l’artiste se défend d’ailleurs. Après une lente montée qui fit l’objet de la première partie, la musique de l’américain se fit plus complexe, mettant l’accent sur l’abstraction avec une multitude de sonorités constituant un dense magma d’orgues triturés, flirtant parfois avec un certain bruitisme qui vint rompre avec cette image d’auteur de musiques planantes. Un passage qui collait finalement pas mal avec les images d’étranges créatures sous-marines virevoltant de toutes parts.
Ce n’est qu’au bout d’une trentaine de minutes que le jeune américain lance les arpèges entêtantes que l’on attendait depuis le début, faisant le lien direct avec le krautrock planant des années 70. Notre passage préféré mais le film se termine et Oneohtrix Point Never baissera ses potentiomètres pour mettre fin à son concert. Au final on trouvera sa démarche intéressante dans la mesure où il se détache un peu de cette scène 70s qui lui colle à la peau, mais d’un autre côté le concert qui dura grosso modo 38mn nous aura paru un peu chiant.
Vingt minutes de pause et c’est au tour de Manuel Göttsching que l’on connaissait surtout en tant que membre fondateur de Ash Ra Tempel avec à ses côtés Klaus Schulze. De notre côté nous avions surtout suivi la carrière du second en tant que maître des synthétiseurs, Göttsching étant avant tout guitariste. Le concert commence bizarrement, l’Allemand lançant brutalement une boucle rythmique d’un clic de souris. C’est vrai après tout, pourquoi se casser la tête à faire une petite intro à ses morceaux... il prend ensuite place au clavier et joue quelques nappes bien tristes, et on a très peur de ce qui nous attend. Il faudra en fait 7-8mn pour que la sauce prenne avec l’arrivée d’arpèges salvatrices. On ferme alors les yeux, on s’enfonce dans notre siège et c’est parti pour 1h20 en apesanteur.
Le trip sera interrompu par de longues pauses lors desquelles Manuel Göttsching prend le temps de nous parler, signalant que cela fait 34 ans qu’il n’a pas joué en France (!!!), dédiant un morceau à sa belle-mère décédée une semaine plus tôt, replaçant certains morceaux dans leur contexte, ou encore nous expliquant comment un titre lui a été inspiré, saluant enfin Steve Hillage et Rhys Chatham présents dans la salle. Il enchainera à la guitare, le laptop étant toujours là pour diffuser une base électronique tantôt jolie et soignée (on pensera même à Biosphere sur le premier titre), tantôt véritablement techno, venant alors gâcher notre plaisir. Ainsi après le superbe Midnight on Mars il jouera Deep Distance datant de 1976 mais revu dans une version aux basses martelées assez pénibles, concluant ainsi son concert.
Le public ne compte pas en rester là et manifeste son enthousiasme qui nous permettra d’avoir un titre en rappel, plus proche de l’esprit Göttsching, alternant entre clavier et guitare, à la cool.
le 05/06/2010