05/01/2003
België,
Hasselt
België / Birchville Cat Motel / Ovil Bianca / Toss / Windsor for the Derby
Dès l’arrivée dans la salle, on sent tout de suite que ce sera une soirée un peu spéciale. Peu de monde, mais de vrais passionnés, cela se sent, même si tous ne connaissent pas les artistes qu’ils s’apprêtent à voir - ce qui était mon cas aussi, à part Ovil Bianca. Une ambiance dès lors calme et concentrée, pas mal de gens seuls attentifs, ou de petits groupes qui parlent peu et bas. A certains moments, entre certains morceaux, il y aura un silence complet, ce que j’ai très rarement constaté, c’était impressionnant.
Ovil Bianca, secondé sur certains titres par Kim Bryers, au laptop qu’il accompagne parfois à la basse, livra une prestation très convaincante, variant en permanence les sons et les textures, proposant une electronica ni dansante ni neurasthénique, où les nappes sombres donnent la réplique à des arpèges millimétrés. Un set vraiment très agréable.
Ensuite, le meilleur moment pour moi avec Töss, trio belge que je ne connaissais pas et que j’ai trouvé époustouflant. Un seul morceau de 50 minutes combinant percussions diaboliques (pas de grosse caisse, seulement les cymbales et les charleys), soutien plus qu’efficace au laptop et délire fantasmatique basse-guitare. Il s’en dégage une réelle tension très forte. A un drone poignant, asséchant, évolutif et qui semble ne jamais vouloir s’arrêter répond une brillante impro à la guitare qui illustre une lutte entre instruments "organiques" et univers électronique, entre authenticité et déshumanisation.
C’est extrêmement prenant, le trio a scotché un public abasourdi qui semblait en avoir le souffle coupé. Profondément original et avec une telle dimension allégorique, une splendide découverte qui illustre formidablement le pouvoir que peut avoir une musique purement instrumentale sur l’imaginaire. Le genre de choses qui ne se révèle pleinement qu’en concert.
Birchville Cat Motel avait sur le papier une couleur exotique, vu la nationalité du bonhomme (néo-zélandaise). Sur scène, on navigue plutôt en terrain connu, mais fort bien exécuté. L’homme est seul au laptop mais agrémente ses morceaux de divers gadgets du style crécelle, peigne musical... Assez calme mais riche en sons à la fois clairs, sereins, fragiles et désarçonnés.
Il m’a fallu un peu de temps pour y entrer vu ce que je venais de vivre, mais pour poursuivre l’allégorie, ici c’était comme un souffle d’air frais administré par les machines, en écho à la densité inquiétante délivrée par les guitares de Töss. Comme quoi ce n’est pas nécessairement l’univers électronique qui s’avère le plus effrayant. Egalement une jolie découverte, qui mériterait d’être approfondie par l’écoute domestique.
Pour ce qui est de Windsor for the Derby, je ne me prononcerai pas de manière définitive. On sent ce quatuor, que je ne connaissais que de nom, doté d’un indéniable talent pour ciseler sur la corde raide de petites pièces d’un rock à la fois limpide et torturé (vive les paradoxes apparents). J’avoue manquer de références pour situer leur travail, mais surtout le concert a souffert d’un cruel problème de son auquel le België ne nous avait pas habitué. Il est vrai que ce n’est pas franchement une salle rock, et qu’ils peinent peut-être à trouver leurs marques avec ce genre de groupe.
Mais surtout, le groupe est arrivé au dernier moment, en provenance de Haarlem aux Pays-Bas où ils avaient joué quelques heures plus tôt. Ils ont donc improvisé un soundcheck minimal et la qualité de leur prestation s’en ressentait. Le son était lourd, étouffé, les voix étaient quasiment inaudibles et les larsens ne nous ont pas été épargnés. D’où un résultat en demi-teinte : leurs morceaux tranchent bien sûr nettement avec ce que l’on avait entendu précédemment, mais ils n’ont pas pu déployer tout leur potentiel. Un autre reproche concerne la durée des morceaux : trop courts, ils ne les laissent pas suffisamment s’installer pour envelopper l’auditeur. Cela dit, c’était tout de même agréable à écouter, ne serait-ce que parce que le groupe dégage une réelle énergie.
Au final, cette déception mise à part, le premier concert de l’année a donc été une belle réussite. Je l’ai suivi dans des conditions optimales, engoncé dans un des fauteuils que l’on n’avait opportunément pas déplacés.
Le België est sans doute ma salle préférée.
le 07/01/2003