du 15/09/2010 au 03/01/2011
Centre Pompidou,
Paris
Le phénomène des cartes blanches nous est connu (le Palais de Tokyo l’exploite tous les automnes depuis 2008) ainsi que celui des artistes-commissaires par lequel les plasticiens conviés à produire une monographie en profitent pour convier quelques-uns de leurs congénères à leurs côtés. Pour la traditionnelle exposition faisant suite au Prix Marcel Duchamp qui lui avait été décerné l’an passé, Saâdane Afif explore un autre type de rapport à l’exposition. En effet, à la manière d’un mandant, il a fait réaliser par d’autres la majeure partie des pièces présentées à l’Espace 315 du Centre Pompidou.
Ainsi, le cercueil de deux mètres de long trônant au centre du lieu et figurant le Centre Pompidou a été concocté par un artisan ghanéen, Kudjo, qui, précisément, confectionne depuis des années des sépultures prenant d’autres atours que la classique forme en bois. Ici, on retrouve donc une maquette du Centre, avec ses tuyaux de couleur et niveaux superposés, ses bouteilles en plastique découpées pour symboliser les escaliers mécaniques serpentant sur la façade et son aspect de parallélépipède rectangle massif. Passée la contemplation du façonnage impeccable, on peut rester sceptique quant à ce qui apparaît comme une énième déclinaison de la résistance de l’artiste à l’institution muséale, ce côté « regardez comme je ne suis pas dupe des honneurs qu’on me fait : j’enterre moi-même le lieu où j’expose ».
Entourant le cercueil, des bornes d’aluminium rappellent les plots plantés sur l’esplanade Beaubourg. Éclairées par intermittence par de hauts projecteurs, elles ont été le lieu de performances le soir du vernissage où des comédiens, juchés sur elles, déclamèrent des paroles de chansons commanditées par Afif et ensuite reproduites sur les murs de l’Espace 315. Mise en abyme et clin d’œil à l’environnement, une nouvelle fois, donc. Toujours dans le même esprit, on fut davantage intéressé par l’affiche qui ouvre et annonce l’exposition. Pastiche du portrait de Georges Pompidou par Victor Vasarely, elle met en jeu une tête de mort, sur fond rouge sang, comme une affiche d’un film d’horreur dont on se demande s’il aura bien lieu.
le 04/12/2010